TSAREWITCH, Un charme cosmopolite

TSAREWITCH, Un charme cosmopolite

20 avril 2022 0 Par Nice City Mag

Le quartier est nimbé de l’âme slave. Les Russes de l’empire y sont venus du temps de leur splendeur, couverts d’hermine et cousus d’or. Plus tard, ils sont revenus pour vivre en France, vivre à Nice, échapper à la révolution bolchevique.

En 1860, Nice a changé de destin, en devenant française, elle a conquis l’Europe.
De 1860 jusqu’à la fin de l’Empire, la ville vécut dix années si intenses qu’elles s’inscrivent dans la légende.
Dans cette légende, les Russes ont amené leur folie, leur luxe, leur amour de la démesure.
Ils aimaient Nice et Nice les aimait.



Si en 1860, lors du rattachement, Nice comptait environ 150 familles russes installées à demeure ou une bonne partie de l’année, c’était le plus souvent, dans une quête éperdue du soleil guérisseur.
Leurre fatal, le climat de la région empirait en réalité l’état des malades.
Ils furent nombreux, jeunes princes, héritiers des grandes familles de l’empire, à terminer leurs jours sur les bords de la Méditerranée.
Dans l’église orthodoxe de la rue Longchamp, on célébrait plus d’obsèques que de mariages.
C’est bien le soleil bienfaiteur que vint chercher à l’automne 1864, l’Impératrice Marie Alexandrovna, épouse d’Alexandre II, pour elle-même, mais surtout pour son fils Nicolas Alexantrowitch, le Tsarévitch.
Le Tsar Alexandre II et la Tsarine arrivèrent le 21 octobre en gare de Nice.

Le séjour du Tsar dura une dizaine de jours, séjour où aux soirées d’opéra se mêla la politique.
La Russie n’avait pas été favorable au rattachement de Nice à la France.
Des éclaircissements étaient nécessaires entre les deux pays. Napoléon III arriva à Nice le 27 octobre, des conversations secrètes, se déroulèrent villa Peillon.
Une simple visite de courtoisie. Une « prise de contact », dirait-on aujourd’hui.
Le Tsar repartit pour la Russie, laissant l’impératrice, qui attendait son fils Nicolas, à la villa Bermond.
Il arrive le 13 novembre. Âgé de 21 ans, le prince se remettait mal d’une chute de cheval.
En fait, la moelle épinière était atteinte. Les docteurs parlaient de rhumatismes.
A son arrivée à Nice, Nicolas revenait du Danemark, où il s’était fiancé avec la jeune princesse Marie, fille du Roi Christian IX.

Le 16 avril, l’état du Tsarévitch empira.
L’impératrice ne quitte plus le chevet de Nicolas, des consignes de silence règnent dans les couloirs de la villa.
Le 21 avril arrive à Nice Alexandre, le frère de Nicolas, ainsi que la fiancée de celui-ci, Marie.
Le lendemain, le Tsar est accueilli en gare de Nice par une foule silencieuse.
« Le grand duc héritier est mort ! »  

Villa Bermond, un drapeau, couvert d’un crêpe, est installé sur le perron.
Dans la soirée, on transporta le corps à la lueur des torches, de la villa à l’église Longchamp. Puis, ce fut le départ pour Villefranche, où le cercueil hissé sur la frégate Alexandre Newsky, prit la direction de Saint Pétersbourg.
Les souvenirs, eux, regagnèrent la Russie par le train, accompagnés à la gare par toute la cour russe.
Le Tsar Alexandre n’est jamais revenu à Nice.

Un an après la mort de Nicolas, les souverains décidèrent la construction d’une chapelle commémorative sur les lieux de la mort du prince.
La première pierre de la chapelle fut posée le 1er Mars 1867 et son inauguration, en présence du prince héritier Alexandre, le 25 mars 1868.
La triste légende du prince Nicolas s’était emparée du quartier : depuis 1866, le chemin de Saint-Philippe était devenu le boulevard du Tzarevitch.

L’HÔTEL IMPERIAL
L’heure des immenses propriétés était passée, après avoir vendu une partie du domaine au Tsar, les héritiers Bermond tentèrent de conserver intact leur domaine.
Malgré leurs efforts, en 1896, la propriété fut saisie et quelque temps après, achetée par M. Benoît Gay, un homme d’affaires.
Sur les 250 000 m² de la propriété, le bon choix économique, c’était les palaces.

Le 19 janvier 1902 eut lieu le banquet d’inauguration du Grand Hôtel Impérial. Un bâtiment long d’une centaine de mètres, haut de cinq étages avec, dans le style de l’époque, colonnades et encorbellements, balustres et tournelles, terrasses peuplées de caryatides. L’hôtel, dans sa splendeur, n’avait rien à envier aux palaces de Cimiez.

Une ligne de tramway « Riquier-Tzarevitch » desservait spécialement l’hôtel.
Dans la salle des fêtes, appelée le pavillon Impérial, les bals succédaient aux fêtes de charité.
On eut même l’idée de créer un « roller-skating-club » en plein air.
Le patinage était alors à la mode comme il l’est de nouveau aujourd’hui.
En 1912, le « roller-skating » transformé en « Parc Impérial country-club » organisa à l’occasion de l’inauguration du monument de la Reine Victoria à Cimiez, la grande fête de l’Entente Cordiale.

Moins de deux ans plus tard, c’était la première guerre mondiale, la fin d’un monde, celui de l’aristocratie et du luxe comme art de vivre.
L’hôtel Impérial fut transformé en hôpital.
Fin d’un monde, fin de la sainte et impériale Russie, Nicolas II et tous les siens assassinés, l’aristocratie dispersée dans toute l’Europe.


L’AVENTURE DES RUSSES BLANCS
Les Russes revinrent à Nice, désormais, on les appelait les Russes blancs, tout normalement, ils choisirent ce quartier qu’ils considéraient comme un peu le leur.
La plupart était ruinée ou en passe de l’être.
En 1920, le grand Hôtel Impérial avait été mis en vente faute de clientèle.
La ville l’acheta et décida d’y ouvrir un lycée de garçons.
La première rentrée scolaire eut lieu en 1930.
Le monde moderne prenait ses marques dans ce quartier, où, sous la tutelle de la cathédrale russe, la nostalgie n’a pas abdiqué, imprégnant chaque coin de rue de son charme inaltérable.

A suivre…

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…