LEPANTE, LA RUE TRANQUILLE DU CENTRE VILLE

LEPANTE, LA RUE TRANQUILLE DU CENTRE VILLE

1 mars 2022 0 Par Nice City Mag

Ce quartier est singulièrement neuf puisqu’il date seulement d’une centaine d’années.
Dès le début, les immeubles y furent bourgeois, les commerces, nombreux et de prestige.
Parallèle à l’Avenue, ce quartier voit son essor à partir de la seconde moitié du XIXe siècle : immeubles bourgeois, rues commerçantes… la ville prend l’allure qui est encore la sienne aujourd’hui.
Ville neuve donc, mais qui ne veut pas se détacher du passé et des personnages qui ont fait l’histoire de Nice.
Aujourd’hui les rues Lépante, Valperga, Rosalinde Rancher constituent une enclave de tranquillité.

Pourquoi Lépante ?
La bataille de Lépante est une bataille marine qui se déroula au large de la Grèce, le 7 octobre 1571. Les forces en présence : d’un côté les Turcs d’Ali Pacha, de l’autre la Sainte-Ligue avec  l’Espagne, Venise, le Saint-Siège, la Savoie, le tout sous commandement de Dom Juan d’Autriche.
La Savoie du roi Emmanuel Philibert était présente en la personne d’un Niçois, l’amiral Andréa Provana à la tête de ses galères construites à Villefranche sur Mer.
La flotte turque fut mise en déroute.
Pour Andréa Provana et les Niçois qui l’accompagnaient cette victoire était la revanche du siège de Nice pas ces mêmes Turcs en 1543.



ROSALINDE RANCHER
Après l’hommage aux militaires, place aux poètes.
Les élus de l’époque furent bien avisés de baptiser du nom de Rosalinde Rancher, l’une des rues du quartier.
Rosalinde-Joseph Ranger est un personnage emblématique d’un XIXe siècle bourgeois qui écrivit l’ensemble de son œuvre en nissart.
Toute sa vie, Rancher écrira des odes aux édiles et aux personnages officiels.
La Nemaïda, son œuvre la plus célèbre décrit, entre-autre, le festin de Cimiez sous le signe du pantagruélisme.
Cette vision rabelaisienne de l’écriture et de l’existence elle-même se rattache à la tradition du vrai carnaval, celui de l’inversion de toutes les valeurs.
Nice, après l’intermède français de la Révolution et de l’Empire, est redevenue piémontaise, mais le nissart demeure la langue parlée par tous, y compris les négociants qui ont appris le français dans les collèges.
Nice, maintient vivant son particularisme.

AGATHE-SOPHIE SASSERNO
A deux pas de la rue Rancher, la place Sasserno.
Agathe-Sophie Sasserno, est née place Victor (Garibaldi aujourd’hui).
La jeune Sophie en fut bercée par les récits de son père le lieutenant-colonel Louis Sasserno, aide de camps de Masséna.

Son premier poème à l’âge de quatorze ans, elle le dédia à ce père et, à travers lui, aux héros déchus des guerres napoléoniennes.
Lorsque l’on regarde le portrait de Sophie, on est surpris par la mélancolie, chez une si jeune fille.
Sophie se plaint de vivre dans la solitude mais a une peur encore plus grande de l’amour.
Alors, lorsque le temps est venu de la naissance d’une nation, Sophie s’enthousiasme pour Garibaldi, elle s’enflamme.
Sophie écrit, pense en français, mais son cœur bat pour cette Italie naissante.
Quelques mois avant l’annexion de Nice par la France elle écrit à une amie à Turin :« Occupe-toi sans retard de ma nationalité chère Olympia, je tiens beaucoup à mourir italienne ».
Son vœu fut en partie exaucé, elle s’éteindra à l’âge de cinquante ans le 6 juin 1860, une semaine avant le référendum qui rattacha Nice à la France.

CHARLES-EUGENE VALPERGA
Nous avons commencé par un amiral vainqueur à Lépante, terminons par un évêque.
Le 28 septembre 1798, l’armée révolutionnaire, sous les ordres du général Melchior d’Anselme, s’apprête à investir Nice abandonnée  par ses édiles qui ont pris la fuite par la montagne, direction Turin.
Valperga fait partie des rares qui restèrent à leur poste.
Le lendemain, à pied, suivi par deux domestiques, Valperga se présenta au poste de garde de la route de Turin qui ouvrait le chemin de l’exil.
Valperga, apporte les clés de la cité.
L’évêque ne devait jamais revoir Nice, il s’éteignit à Turin en 1805.

Les appellations de ce quartier brassent les héros, les victimes et les poètes comme dans les bons romans.
Mais l’histoire de Nice n’est-elle pas un formidable roman ?

A SUIVRE …

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…