NICCOLO PAGANINI

Né à Gênes en 1782, il composa sa première sonate à 8 ans et, à 15 se produisait déjà en concert.
Niccolò Paganini était le plus extraordinaire violoniste de tous les temps.
Il révolutionna tous les codes, inventant de nouveaux phrasés, composant  en 1820 son chef d’œuvre, les  ʺVingt-quatre Capricesʺ. 


D’une virtuosité à nulle autre pareille, il va servir de modèle à des générations de musiciens et de compositeurs, certains comme Chopin et Liszt s’en inspirant pour leur propre instrument.

Mais Paganini était aussi un être à part, dont la vie fut des plus mouvementées, jusqu’à en être rocambolesque.
Son profil décharné et son caractère provocateur le mirent dans de surprenantes situations.
Admiré par les foules qui assistaient à ses concerts, il était en même temps rejeté, voire calomnié. Ses frasques, comme ses aventures sentimentales ne se comptaient plus.
Et son rapport à l’argent des plus troublant, tantôt pingre jusqu’à plus soif, tantôt dilapidant  sans compter.

C’est ce génie, que l’on qualifia rapidement de diabolique, que le comte de Cessole fit venir à Nice en 1836.
Le comte de Cessole était président du Sénat de Nice, violoniste amateur et, bien entendu, grand admirateur de Paganini.
Mais il était surtout son ami, d’une fidélité sans faille.
Après un bref séjour chez le comte, Paganini s’installa au 23 rue du Gouvernement, l’actuelle rue de la Préfecture.
C’est là qu’il faisait ses gammes toutes les nuits, de pizzicatos en glissandos, de double en triple cordes.

Les habitants du quartier en étaient perturbés, en avaient même peur. Sa maigreur, sa laideur même, et son affection de la gorge qui l’obligeait à se pincer le nez pour parler, les effrayaient. Ils l’appelaient le ʺle violoniste du Diableʺ !

Paganini donna trois concerts à Nice. Il eut un succès phénoménal.
Il envoûtait son public, qui le lui rendait par de bruyantes manifestations, dont certaines frôlaient l’hystérie.  
Le journal local raconte que lors d’un de ces concerts, un aveugle qui y assistait, apprenant que Paganini se produisait seul sur scène s’était écrié : « S’il est vraiment seul, c’est que c’est le Diable ! Fuyons ! Fuyons ! ».
Quant à l’artiste, il était dégagé de tout, presque ailleurs, toujours provocateur.
A l’un de ses admirateurs qui lui demandait son secret, il répondit : « C’est le Diable qui me guide par la main ! ».
Et lors d’un concert  privé chez le comte de Cessole, alors que le public souhaitait qu’il bisse un morceau, il s’exclama : « Paganini non rèplica ! », « Paganini ne répète pas ! ».

5 heures du soir…27 mai 1840… 23, rue du Gouvernement…
 « Le Diable est mort ! ».
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans tout le Vieux Nice. « Le Diable est mort ! ».

Le diable ? Paganini, bien sûr. Car à force de le dire, le peuple y croyait.
Et se signait lorsqu’il passait devant son immeuble.
Le prêtre de la Cathédrale lui-même le confirmait.
Quelques jours avant, alors que Paganini souffrait atrocement, le père Don Caffarelli était venu le voir pour lui apporter réconfort et sacrements. « Je me suis rendu à son chevet.
Il était au plus mal. Dès qu’il vit un habit de prêtre, il eut un regain d’énergie. Il se jeta hors du lit, commença à m’insulter. Je dus battre en retraite sous une bordée d’injures. Cet homme est le Diable en personne ».


Monseigneur Galvano, l’évêque de Nice, était tellement convaincu de la mort du Diable, qu’il refusa toute inhumation chrétienne et demanda qu’on jette son corps dans le Paillon.
L’ami de toujours, le comte de Cessole ne pouvait accepter cette décision et persuada l’évêque d’accepter qu’on embaume le corps, dans l’attente d’un… procès en sorcellerie !



Le corps de Paganini fut donc embaumé.
Mais comment accepter que le plus grand violoniste de toute l’histoire de la musique soit jugé pour sorcellerie ? 
Le procès eut  lieu en juillet 1840 et Paganini fut condamné.
On fit chercher le corps, il avait disparu. « On a volé le corps du Diable ! ».
La police enquête. Le corps a bel et bien disparu.

En réalité, le comte de Cessole l’avait fait cacher dans sa propriété, au nord de Nice.
Il le fit ensuite porter au Lazaret, pour finalement le transférer de nuit, en barque, à la pointe du Cap Ferrat, où on l’enterra dans la propriété du comte Caïs de Pierlas, un ami de la famille Cessole.

Entre temps, les amis et le fils de Paganini, Acchillino, avait fait appel au roi Charles-Albert et au Pape Grégoire XVI.
En avril 1844, le roi prit la décision de faire transporter le corps de Paganini à Gênes, toujours clandestinement.
Mais les génois ne voulurent pas de ce cadavre suspect et l’expulsèrent.
C’est l’ex-épouse de Napoléon Ier, l’Impératrice Marie-Louise, qui accueillit la dépouille de Paganini dans sa villa de Parme.
C’était la fin du voyage, même si aux yeux du clergé Paganini était toujours le Diable.
Ce n’est qu’en 1876 que le Pape Pie IX réhabilita Paganini.
Et il fut enterré chrétiennement dans le vieux cimetière de Parme, la même année.
Il fallut pourtant attendre 1896 pour que fut édifié, dans le nouveau cimetière de Parme, un tombeau digne de ce génie.
Le voyage était définitivement terminé.

Pour Niccolò Paganini, son errance posthume de 56 ans avait duré presque autant que sa vie, 58 ans ! 



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