VALROSE

VALROSE

30 novembre 2021 0 Par Nice City Mag

Le château de Valrose est l’un des derniers vestiges du flamboyant XIXème siècle niçois.
Cette sauvegarde du patrimoine, on la doit à l’installation du siège de l’université et à la présence de la fac des sciences dans le palais et le parc du baron Von Derwies.

Les Niçois de la seconde moitié du XIXème siècle aimaient se rendre en famille le dimanche à la campagne : la campagne, c’était Cimiez, c’était Brancolar.

En 1861, le premier maire après le rattachement à la France, François Malausséna, tenait à exploiter ces oasis de végétation.
En 1861, commencent les travaux d’une route nouvelle qui respecte le paysage, elle sera achevée en 1866.
L’idée de Malausséna était de créer entre Brancolar et Cimiez une réserve discrète, profondément niçoise mais accueillante aux étrangers qui auraient la curiosité de quitter le bord de mer et ses palaces.



Dix ans plus tard, un homme venu de la lointaine Russie tombe amoureux d’une colline de 10 hectares surplombant le « Vallon des Roses » et qu’il appellera Valrose tout simplement.

Une construction romantique, baroque, gothique construite en moins de trois ans dans ce décor bucolique où rien n’avait changé depuis les pâtres romains.

Von Derwies, c’est le nom du Russe fou, le baron Paul Von Derwies était né dans les pays baltes, ingénieur, il réalise le premier réseau de chemin de fer de l’empire.
Il en tire une fortune colossale et le titre de baron accordé par le Tsar Alexandre II.
Il quitte la Russie. Le voici à Nice sur le chantier de son « Versailles » il confie le parc au créateur des jardins de Monte-Carlo, Joseph Carles.
Ils sont huit cents à travailler sur le chantier pendant trois ans.
Une centaine de jardiniers entretiennent en permanence ce parc que traverse un terrain miniature, sans doute pour rappeler au baron l’origine de sa fortune.

Le château fut réalisé sous la direction de deux architectes russes Grimm et Makharoff.
On accède au château par un escalier monumental, au rez-de-chaussée, la salle de concerts contenant quatre à cinq personnes.
Rez-de-chaussée complété par une salle de billard et un immense vestibule peuplé de plantes et de fleurs. Au premier étage, la salle à manger.
Il s’offre un orchestre symphonique.
Les soirées musicales du baron devinrent si célèbres, si réputées que la bonne société russe s’y presse.
Mondaine la vie à Valrose, certes, la baronne aime les mondanités, pour faire venir l’aristocratie on organise des soirées de charité. Le baron crée une école maternelle dans le quartier.
Mais il n’est pas dupe, dans un coin du jardin il s’est fait installer une isba, celle-là même qui ornait ses terres de Kiev. Planche à planche l’isba fut démontée et remontée à Valrose.

Le baron aimait s’y retirer pour y goûter l’odeur de la Russie éternelle.
En 1881, sa fille Vera tombe malade.

Elle meurt dans une clinique de Bonn en Allemagne à l’âge de17 ans.
Son père qui était Venu à son chevet succombera deux jours plus tard dans le train qui le ramenait en France, d’une crise d’apoplexie.
Il était âgé de 55 ans. Le rêve somptueux de Valrose n’aura duré qu’une petite dizaine d’années.

Sur le chemin de Brancolar s’égrenaient les propriétés, telle la villa « Orangini », construction à l’italienne pour un Russe Julius Schottlaender.
Ce n’est pas ce Russe-là qui rendit la villa célèbre mais un couple bien français, les Germain : lui, Henri, était député, fondateur du Crédit Lyonnais, Blanche, son épouse, possédait deux passions, la conversation et le bridge.
Pendant qu’il se livrait aux affaires, Blanche entretenait les choses de l’esprit.
Aucune célébrité passant par Nice ne pouvait éviter une invitation à déjeuner ou à dîner.
L’énumération des noms qui ont fréquenté le salon de Madame Germain serait fastidieuse, relevons ceux de grands habitués : Victorien Sardou, Jules Cheret.  
Blanche mourut à Biarritz en 1913. La villa resta dans la famille jusqu’en 1930, avant que, dans les années 50, le parc ne fut loti et la villa divisée en copropriété.

Le château de Valrose échappa à ce malheureux sort.
La demeure fut maintenue dans la famille du baron jusqu’à la faillite de la banque Von Derwies en 1899. Valrose est en vente. Trop cher.
En 1912, Paul, l’un des fils du baron céda la demeure pour 2,5 millions, sa seule construction avait couté 12 millions, nous parlons en francs or évidemment. Les acheteurs sont des magnats russes les Poutiloff.

Puis viendra le milliardaire bolivien Ituro Patino, le « Roi de l’étain » qui un temps, voulut rendre son lustre au château en organisant de brillantes réceptions mais l’éclat n’est plus ce qu’il était.
A la mort de Patino en 1947, s’ouvre un procès compliqué entre héritiers dont la villa mettra fin en rachetant le château dix ans plus tard.
Valrose avait évité le pire.
Quant à la famille Von Derwies, après avoir échappé à la révolution de 1917, les petites filles du baron ouvrirent une boutique de lingerie à Cannes…