TATOUEURS, TATOUÉS

L’exposition Tatoueurs, Tatoués revient sur les sources du tatouage et présente le renouveau de ce phénomène désormais permanent et mondialisé.

Par une approche anthropologique, géographique et artistique, elle explore les différents usages et fonctions du tatouage à travers les cultures et les époques.

C’est au tatau polynésien observé au XVIIIe siècle par l’équipage européen du capitaine Cook que le tatouage doit son nom.
L’évolution de cette pratique est faite d’échanges entre pays, entre marges et courants dominants, entre centres et périphéries.
Surexposé par le développement d’internet et l’intérêt que lui portent les médias depuis dix ans, le tatouage écrit aussi son histoire contemporaine au rythme du perfectionnement technologique.

L’exposition suit tatoueurs et tatoués à travers les époques et les continents, pour retracer les rencontres qui ont fait du tatouage  une forme artistique et un phénomène global. La pratique, jadis omniprésente comme marqueur ritualisant dans les sociétés  traditionnelles, y fut éradiquée par la colonisation.
Réduit dans certains pays à sa fonction punitive, largement marginalisé, le  tatouage s’est malgré tout perpétué jusqu’à devenir au XIXe siècle objet de fierté et matière à spectacle.
Les échanges  internationaux entre une poignée de tatoueurs activistes ont permis de développer les codes et les techniques du tatouage contemporain.

UN ART EN MOUVEMENT

Depuis Marco Polo au XIIIe siècle, le tatouage voyage au gré des expéditions. Des tatoués venus d’ailleurs sont exhibés comme objets de curiosité et deviennent célèbres en Europe. Au milieu du XIXe siècle, la sédentarisation des tatoueurs en Occident n’empêche pas le développement de rapprochements entre tatoueurs américains, européens et japonais, qui échangent outils, notes et photographies. Le tatouage émerge en tant que forme d’expression artistique. Au fil du XXe siècle, le dialogue international entre activistes s’intensifie : le premier club est fondé en 1953 à Bristol (Royaume-Uni), la première convention internationale se tient en 1976 à Houston (Etats-Unis).

D’abord outil punitif du pouvoir militaire, devenu discrètement ornemental au XVIIe siècle, l’art du tatouage japonais (irezumi) connaît son apogée au milieu du siècle suivant. Au début du XIXe siècle, âge d’or de l’estampe, cette mode fascine les premiers étrangers et les incite à se rendre dans l’archipel. L’iconographie emprunte à la nature, au folklore et à l’univers religieux. Interdit en 1872, le tatouage est pratiqué dans l’ombre, jusqu’à devenir tabou au XXe siècle, car associé aux yakuzas, avant d’être redécouvert par les étrangers. Les nouvelles générations participent désormais à une culture du tatouage mondialisée au sein d’un monde moderne ultra-connecté.

L’ensemble des peuples présents sur le territoire de l’Amérique du Nord avant l’arrivée européenne pratique le tatouage, mais leurs  cultures franchiront peu les frontières des futures réserves. Après la colonisation du Nouveau Monde, le tatouage américain s’appuie  sur un héritage pictural européen d’inspiration classique, avant de trouver ses spécificités graphiques (couleurs franches, contours épais) dans la première partie du XXe siècle. Berceau de la révolutionnaire machine à tatouer électrique inventée en 1891 par Samuel O’Reilly, les États-Unis, au gré d’échanges interculturels, voient se développer de nouvelles écoles de trait et de composition.

En Europe, le tatouage fut diversement pratiqué selon les époques. Attesté depuis près de 4 500 ans avec la découverte du corps d’un homme, baptisé Ötzi, dans les Alpes du Tyrol en 1991, il est mis hors-la-loi par le christianisme en 787 lors du second concile de Nicée. Cependant, au XIXe siècle, la pratique se renouvelle et se diffuse sur le continent : on montre ses tatouages aussi bien dans les bouges que dans les salons bourgeois ou à la cour de certaines familles royales européennes. Au XXe siècle, le tatouage rejoint l’histoire de l’art, abolissant la distinction entre art savant et art populaire.

Espace Lympia
26/06 au 31/10/21
Entrée libre

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