SAINT AUGUSTIN

SAINT AUGUSTIN

14 décembre 2021 0 Par Nice City Mag

L’ouest de Nice fut longtemps un lieu peuplé de grandes propriétés agricoles.
Si dès la fin du XIXème siècle, Fabron, Saint-Hélène deviennent des zones de villégiature, cette évolution ne concerne pas l’ensemble de l’ouest.
Le véritable décollage de ce quartier aux multiples visages s’opère après la première guerre mondiale, en perdant sa dominante rurale pour devenir une zone industrielle et d’habitations.
Le secteur subit le choc de l’agrandissement foudroyant de Nice et se développe parfois dans l’anarchie.
Les quartiers de l’ouest de Nice sont, de tradition, ouverts sur l’extérieur, vaste plaine du Var coupée par le fleuve du même nom qui durant des siècles fut la frontière entre la France et le Comté

Dès les débuts, cette plaine du Var et ses environs furent traversées par des mouvements de population.
Mais pour les armées ou le simple voyageur, il s’agissait de franchir la porte, autrement dit ce fleuve ardent.
Au XIIème, XIIIème et XIVème siècle, le passage du fleuve était confié à des moines placés sous la règle de Saint Augustin. Moines en outre, chargés de desservir la chapelle de Saint-Augustin du Var.

Voilà pourquoi Saint-Augustin est toujours présent aujourd’hui encore et qu’on se souvient de ces moines chargés de porter à dos d’homme le voyageur.
Cette seconde moitié du XIXème siècle où sous l’impulsion des hivernants la cité se transforma profondément.

La distraction des peuplades anglaise, allemande, russe et même française, fut la grande affaire de Nice entre 1850 et 1914.



DES AUTRUCHES A SAINT AUGUSTIN

C’est un Américain, propriétaire d’un élevage d’autruche en Californie et qui eut l’idée de faire la même chose chez nous ;
Avec cent cinquante autruches, ce fut immédiatement la ruée, les dames, leurs enfants et leurs maris venaient admirer les autruches et leur beau plumage surtout celui noir et blanc, des mâles.

L’Américain, qui possédait le sens des affaires avait ouvert un salon de produits dérivés, comme on dirait de nos jours, dans lequel on trouvait plumes, éventails, boa … Un marché juteux à une époque où il ne serait pas venu à l’esprit d’une élégante de sortir sans son chapeau, le plus souvent orné de plumes.

UN HIPPOROME SUR LES BELLES TERRES

On décida, d’aménager les belles terres qui s’étendaient le long de la mer pour y réaliser un champ de courses.
Une société des courses fut constituée en 1865, mais la première réunion eut lieu en février 1869.
Bientôt l’hippodrome du Var fut connu de toute l’Europe qui s’amuse.
On déjeunait sur place, on pariait, on assistait à la course et, dans les tribunes, on tenait salon.

Les courses achevées, il y avait le retour par la promenade des Anglais.
Un retour spectaculaire, les curieux se massaient sur les terrasses du casino pour y assister.
L’hippodrome du Var devait survivre jusque dans les années vingt et disparaître complètement après la seconde guerre pour laisser place à l’aéroport.

LE CINEMA, LA GRANDE AVENTURE DE SAINT-AUGUSTIN

Mais la belle, la grande aventure de Saint-Augustin, ce fut le cinéma, la course au soleil.
A Saint-Augustin quelques hangars furent construits. Les artisans du quartier fabriquaient les décors, les habitants faisaient de la figuration gratuite. Tout ça dans un climat bon enfant.

Louis Feuillade, le réalisateur de la série des Fantômas, s’était installé à Saint-Augustin au bout d’un chemin raide et caillouteux. Derrière les studios, la ligne de chemin de fer, devant, la mer. Le terrain avait été acheté en 1913, par la société Gaumont. Le studio, surnommé « la cage à mouches » était fait pour bénéficier du maximum de soleil.

UN TERRAIN A 7 FRANCS LE M2

Serge Sandberg, avait acheté sur une petite colline une superbe demeure pour 7 francs le m2.
Ce qui, même en 1920, était donné.
La propriété portait un nom prémonitoire, dérivé de victoire, « La Victorine ».
Et là, sur ce terrain magnifique, on construisit un studio.
Ainsi naquis modestement les Studios Franco-Film qui allaient devenir très rapidement la mythique Victorine

Rex Ingram, américain, beau, riche, était marié à une actrice blonde et belle : Alice Terry.
Quand ils arrivèrent à la Victorine, Rex venait d’obtenir un succès mondial avec les Quatre cavaliers de l’Apocalypse interprété par Rudolph Valentino.

A trente ans, Rex  peut se permettre de tourner le dos à l’Amérique en décidant que ce coin de l’ouest de Nice deviendrait la nouvelle Babylone du cinéma mondial.

Le « Rex Ingram Ciné-Studio » devint le fleuron cinématographique de l’Europ entière.

Rex entreprend Mare Nostrum, The Magician et Le Jardin d’Allah et en 1928, Trois Passions.
En 1928, le cinéma, tel que le conçoit Rex appartient au passé. Rex Ingram quitte Nice et la Victorine pour toujours.

La même année 1928, le cinéma revient parlant.
La Victorine s’endort.

Tout le quartier se peuple d’ateliers, de garages, de serres d’horticulteurs avant de laisser la place aux immeubles.

Pourtant, la Victorine n’a pas dit son dernier mot.
Avec la guerre, puis l’occupation, elle va de nouveau prendre son envol ainsi que ce quartier modeste, traversé par les limousines des plus grandes stars du cinéma français.
(à suivre)