RISSO, PAULIANI, XVEME CORPS

RISSO, PAULIANI, XVEME CORPS

11 mai 2022 0 Par Nice City Mag

Risso faisait partie des quartiers populaires de Nice, petites entreprises, usines, artisans, commerces minuscules.
La vie y était dure, les fins de mois difficiles malgré cela on aimait rire, danser, jouer aux boules, chasser le renard à l’Ariane (oui !). Les enfants vivaient dans la rue, sans crainte.
La famille était le moteur vivant de cette société, l’homme était d’abord un père et la femme une mère.
Ces familles s’aidaient dans les mauvais moments, modestement, sans faire de bruit.

A Risso, à Pauliani, au XVème corps on parlait niçois, l’air sentait la tomate, l’huile d’olive et le thym.
Dans les garages et les entrepôts, le parfum de daube venait se mêler aux odeurs d’essence et d’huile de vidange.
Ce Nice industrieux, certains pourraient dire passéiste, structurait une communauté, la communauté du nissardisme : le vrai.



LE PAILLON
Aujourd’hui on ne le voit plus mais son souvenir est bien présent. Il est là sous la terre, canalisé, domestiqué : le Paillon, le fleuve dont Nice est la fille.
Les quartiers de l’est de Nice conservent son empreinte, pour beaucoup d’habitants de cette partie de la ville il gronde encore.
On s’est moqué de lui pourtant, de sa caillasse, de son peu de débit.
Certes.Mais quand il se mettait en colère, alors tout le monde tremblait.
Le Paillon n’était rien ou il  était tout.
L’histoire de Nice est jalonnée par ses rages, ses crues soudaines emportant tout sur leur passage, les arbres, les ponts, inondant les rives et bien au-delà.

Au XVIIᵉ siècle, en 1635, le Paillon inonde le quartier Lympia.
En 1681, le fleuve déborde, provoquant la mort de plusieurs personnes.
Au XVIIIᵉ siècle, en 1744, dans la nuit du 13 au 14 Avril, un groupe de soldats espagnols qui le traversait est emporté par une violente montée des eaux.
On dénombrera 300 victimes.
En 1773, le Paillon sort de son lit et envahit Nice des quartiers de Roquebillière jusqu’aux Beaumettes.
Au XIXᵉ siècle, en 1862, il emporte la passerelle reliant la place Napoléon (Garibaldi) à la place d’Armes (sur l’emplacement du futur pont Barla).
En 1882, du 27 au 29 octobre, le débit du fleuve est de 500 mètres cubes seconde !
Le 17 et le 18 novembre 1940, le Paillon envahit la place Risso, le pont Barla est submergé, les quartiers entre Carabacel et l’Avenue sont inondés.
Enfin, en 1979, le 16 octobre, il emporte le pont de la Trinité de l’Ariane, avec un débit de 300 mètres cubes seconde.
A-t-il dit ce jour-là son dernier mot ?

ANTOINE RISSO
On ne sait pas assez qui était Antoine Risso, il devrait pourtant faire partie des Niçois les plus célèbres au même titre que Masséna et Garibaldi.
Ses passions s’appelaient botanique, géologie, agriculture, malacologie et surtout ichtyologie (étude des poissons).
Risso est un représentant exemplaire de ce siècle des Lumières qui pensait que la science pouvait être le fondement d’un nouvel humanisme.
Ses parents étaient de modestes commerçants, très tôt Antoine est attiré par la botanique.
Risso apprend le métier de pharmacien tout en collaborant avec Fodéré à son célèbre « Voyage aux Alpes Maritimes », il prend des notes sur la botanique et les insectes de la région.
En 1803, il est reçu pharmacien et s’installe place Saint-Dominique  (place du Palais).

En 1810, paraît « L’Ichtyologie de Nice ou Histoire naturelle des poissons du département des Alpes Maritimes », l’ouvrage est publié à Paris.
Risso est niçois jusqu’au tréfonds de son âme.
Connu, pouvant faire carrière à Paris il préfère rester dans sa ville. Il écrit un « Nouveau guide du voyageur à Nice » et l’ « Histoire naturelle des orangers », recense 169 espèces ou variétés.
Risso est mort à Nice en 1845, au numéro 9 de la rue des Ponchettes.
Sur le boulevard Risso se trouve le musée Barla, ex musée d’Histoire naturelle, avec à l’intérieur les collections de Risso et celles de Barla, son disciple, éminent spécialiste des champignons.

LE XVEME CORPS
On oublie que Nice fut une importante ville de garnison avec ses cavaliers, ses chasseurs, ses prises d’armes, de manœuvres.
La place d’Armes se situait sur la rive droite du Paillon, environnée de champs d’orangers.
Une large et grande place bordée de peupliers où les militaires montraient leur savoir-faire.
Vint la guerre, le XVème corps niçois se retrouva en août 1914 au Nord de Nancy.
La majestueuse place d’Armes devint la fière place du XVème corps.

EUGENE MO, UN ENFANT DE LA PLACE RISSO (place de l’Armée du Rhin).
Il fut fusillé par les Allemands en 1915.
Ses parents tenaient une épicerie buvette sur la place.
En 1909, à l’âge de 18 ans, le petit Eugène s’engage dans l’armée, pas par amour des armes, mais pour devenir pilote.Risso, Barla, Mô, des héros, chacun dans leur domaine, gravant dans ce quartier de Nice, quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de la cité.
Quand la guerre éclate, Eugène voit la possibilité de réaliser son rêve, dans le « MF 12 », une escadrille de reconnaissance qui deviendra le « MS 12 », spécialisée dans les missions de renseignements.
En langage clair, l’espionnage derrière les lignes ennemies. Autrement dit, des missions suicides.
L’enfant de Risso sera capturé du côté de Réthel, dans les Ardennes.
Les Allemands le jugent, le condamnent à mort. Mô n’a pas 25 ans.
En brave, il meurt le 5 août 1915 à 7 heures du matin.

Risso, Barla, Mô, des héros, chacun dans leur domaine, gravant dans ce quartier de Nice, quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de la cité.

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…