RIMIEZ

Cap de Croix, Rimiez, Gairaut… On est au cœur des collines qui surplombent le nord de Nice.
Dans cet extraordinaire amphithéâtre campagnard, où le passé colle aux restanques et se mêle inlassablement au devenir de notre ville.
Car ces collines ont été, et sont parfois encore, tout à la fois terres agricoles et de religion, de villégiature, de loisirs et de plaisir.
Et l’histoire en a fait la Fouont Santa de Nice, la source claire de l’approvisionnement en eau de toute une population.

Du provençal «restanco», signifiant «retenue», les restanques sont ces murs de pierres sèches qui retiennent la terre et forment des terrasses, plantées d’oliviers et d’arbres fruitiers.
Mais aussi de rosiers et de mimosas, de magnolias et d’azalées. Sur ces collines verdoyantes où fermes agricoles et vastes domaines bénéficient de conditions  plus que favorables.
Et d’un paysage qui, rapidement, attira aussi bien l’aristocratie hivernante que les aventureux affairistes.

     Nous sommes le 27 avril 1772.Le chanoine Jean Garnier, né à Nice en 1697, affecte toute sa fortune à la construction de chapelles dans toutes les campagnes environnantes. Pour développer l’influence de l’évéché niçois.
Et ce jour, par acte rédigé et reçu par Maître Sauvaigo, notaire royal à Nice, il décide qu’une chapelle sera érigée à Saint-Sauveur, à Gairaut.
Là où un premier oratoire avait vu le jour en 1441. Saint-Sauveur est fêté le 6 août, le jour de la  » Transfiguration de Jésus « , comme on peut le découvrir sur un tableau derrière l’autel, car Sauveur était le nom donné à Jésus.
Mais en réalité l’église est dédiée à Notre-Dame-de-la-Merci, pour protéger les habitants contre les invasions depuis la victoire contre les Turcs en 1543.
Tous ceux qui avaient été épargnés, ou avaient recouvrés leur liberté, venaient crier « Merci » à la Vierge.
Et depuis, le 24 septembre, chaque année, les habitants viennent honorer Marie.

Cette très belle chapelle, inscrite au titre des monuments historiques depuis 1951, se trouve en contrebas de l’impressionnante cascade de Gairaut.
C’est à partir de 1422 que la ville de Nice va décider l’alimenter sa population en eau, en reliant par des conduites en bois, la Fouont Santa de la colline de Gairaut au Château, la Ville Haute de l’époque. Ce système, très fragile, fut rapidement abandonné d’autant que l’eau était en quantité insuffisante pour faire face à l’importance des besoins.
Il fallut donc chercher ailleurs.
Ailleurs, ce sera la Vésubie.         

Au début du XIXème siècle,  l’idée germa de la construction d’un canal reliant Saint-Jean la Rivière à Gairaut, soit plus de trente kilomètres, dont une dizaine en tunnels.
Il faudra attendre le rattachement de Nice à la France pour, après de très longues négociations, obtenir du Président de la République Mac Mahon, l’octroi d’une concession de construction et d’exploitation.
Les travaux furent longs, difficiles, souvent dangereux, et se terminèrent par l’aménagement d’une magnifique cascade, avec sa grotte artificielle et son chalet. L’eau arriva enfin à Nice en 1883, et le château d’eau de Gairaut fut inauguré le 15 décembre de la même année.

Pour que cette eau soit de grande qualité, et donc parfaitement potable, il fallait un traitement spécifique qui la purifie.
Le niçois Marius-Paul Otto inventa le système d’ozonisation qui fit de l’eau niçoise la meilleure du monde.
Reconnu par tous, il fut adopté dans le monde entier.
Une première usine fut construite à Bon Voyage puis, en 1909, une seconde à Rimiez. Aujourd’hui, nous connaissons tous l’usine de Super-Rimiez et les bienfaits de l’ozone.
    
En cinq siècles, ce passage du rêve à la réalité va bouleverser notre patrimoine culturel et médical,  nos habitudes de vie et d’hygiène, notre paysage aussi bien collinaire qu’urbanistique.

C’est aussi l’eau qui marqua l’histoire et fit la richesse de Gairaut, Rimiez et Cap de Croix.

Cap de Croix, 1887. Le richissime comte Gabriel Tripier de Lagrange vient d’épouser l’extravagante comédienne Léa d’Ascot.
En cadeau de mariage, il lui offre un… gorille !
Car le couple s’est rendu acquéreur d’une magnifique propriété, baptisée « Ferme Bretonne ».
Ils décident alors de la transformer et de créer le « Jardin Zoologique d’Acclimatation de Nice-Cimiez ».
Panthères, tigres, lions, chameaux, girafes, autruches, crocodiles, hippopotames, le succès est immédiat. Spectacle garantie, comme au cirque.
La belle Léa pénètre dans la cage aux fauves, toute entière drapée de rouge, et donne la bectée, à coups de fouet.
Le public est conquis.

A partir de 1893, alors que le comte vient de décéder lors d’un voyage à Singapour, l’affluence du parc zoologique est telle qu’une ligne de tramway  Nice-Cimiez est créée.
Et la veuve, remariée à un autre comte, Alfred de Lestapis, se lance dans d’importants travaux, en créant un casino et un restaurant.
Mais la comédienne n’est pas une femme d’affaire. L’argent vient à manquer. Et son mari de comte l’abandonne.
La voilà accusée de faux et usage de faux.
Les créanciers se retournent contre elle. Elle est en faillite. Qu’à cela ne tienne, champagne !
Le lendemain, on la retrouve morte, un révolver à la main.
Accident ou suicide ? Crime, peut-être ? Nul ne saura jamais.

Le zoo fut liquidé, certains animaux vendus, d’autres abattus. Novembre 1906, fin de l’aventure.
Une autre aventure commence, celle de la Compagnie Anonyme des Tramways Electriques de Nice-Cimiez.

(à suivre)

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