PORTRAIT en XV – ZINE

PORTRAIT en XV – ZINE

1 mars 2022 Non Par Nice City Mag

Chaque semaine, nous vous présentons une personnalité qui est très attachée à Nice et sa région.
Ces personnalités issues de différentes catégories socio-culturelles, nous présenterons, au-delà de leurs activités, leur angle de vision de Nice.
En 15 questions, toujours les mêmes, Ils se prêtent au jeu du « Portrait en XV »


Cette semaine, nous découvrons ZINE, Femme-troubadour, auteur-compositeur-interprète, comédienne et danseuse, journaliste et réalisatrice, elle est l’exemple-type de l’artiste libre, créatrice, autodidacte, polyvalente et arborescente. Au-delà de la poétique des textes, Zine fait briller les mots du français et de l’occitan et fait sonner les idées, avec un sens certain de la formule et toujours une note d’humour :
« la vie est trop courte pour se prendre au sérieux. »


La maturation a peut-être été plus longue que pour d’autres artistes plus « académiques », car pour maîtriser toutes ces disciplines, et comme pour le bon vin, certain « temps » est nécessaire.
Elle a déposé depuis 20 ans plus de 150 chansons à la SACEM, créé plusieurs spectacles, 5 disques et publié deux recueils de poèmes, dont le dernier « Cantates d’Azur », en niçois/français, est sorti en 2018 chez la Maison d’édition Baie des Anges, avec un double disque de 27 chansons.

1)  ZINE, où êtes-vous née ? Quand êtes-vous arrivée à Nice ?
Je suis née à Tanger de parents niçois (mère d’origine piémontaise et père d’origine corse).
J’ai passé 6 ans là-bas et ensuite dans la Drôme.
Je venais à Nice tous les étés et me suis définitivement installée il y a 22 ans.

2) Comment se sont passées vos premières années d’installation à Nice ?
Quand je venais à Nice, je venais chez mes grand-parents piémontais dans le quartier de Rimiez, dans leur campagne où ils cultivaient plusieurs hectares de terres agricoles.
Donc pour moi, Nice, c’était la campagne, les cerisiers, les pruniers, les poules !! (le grand-père de la chanson « Au mercat de la Libé » ). Bien sûr, il y avait aussi la mer et la Prom’, mais pour moi, Nice, c’était la nature, les couleurs, les odeurs, la joie de vivre…bien loin de la métropole urbanisée que nous connaissons aujourd’hui, avec  beaucoup de béton…
J’en ai parlé dans la chanson « Ditz-lo li » que l’on trouve sur Youtube Des efforts sont faits heureusement pour remettre de la verdure, dans tous les cas, mon oeil et mon regard se portent toujours sur les plantes, les fleurs, les traces de la vie naturelle et sauvage.

Je fais d’ailleurs partie de l’association grassoise « Cueillettes solidaires » qui agit dans tout le département pour récolter les fruits de tous ces jardins niçois appartenant à des particuliers, pour que cela ne se perde pas, mais aussi, dans l’élan d’un mode de vie plus sain : pourquoi acheter des citrons d’Espagne traités alors que nous avons les meilleurs du monde dans les jardins de notre département ?
Du côté de mon père, c’était une villa baroque de 1906 dans un quartier de Nice Nord qui a été un peu sacrifié à l’autoroute…
Je suis donc imprégnée des fastes du passé où l’on prenait le temps de créer de belles choses… de faire des escaliers de marbre en spirale, des balustrades, des frises, des carrelages créatifs…
Je ne critique pas la modernité, mais je suis un peu nostalgique de cette époque Baroque.
Je trouve toutefois que Nice a assez bien réussi son entrée dans la modernité, vu que tout ce patrimoine est mis en valeur et restauré, et que les niçois et leur maire sont attachés à aller dans cette direction : une modernité bien ancrée dans les racines et respectueuse de l’histoire et du travail des anciens.

3)Avez-vous une anecdote sur votre quartier… durant ces premières années ?
Quand je venais l’été : avec mon frère, on s’amusait à récolter les fruits qui dépassaient des murs des propriétés de Nice Nord.

3)Décrivez nous votre activité ?
Je suis auteur-compositeur-interprète, et artiste du spectacle vivant.
J’aime à me désigner comme une « trobairitz »(femme qui cherche et qui trouve, femme troubadour) ou bien une « singersongwriter »dans l’esprit du folk américain, de la Beat Generation, avec comme fers de lance Bob Dylan et Joan Baez.

Je pratique le chant bien sûr, avec des influences clairement marquées de musiques du monde et de chanson à textes.
J’aime les hymnes, les chansons qui traversent les siècles, les mélodies que l’on ne peut se sortir de la tête, les chansons qui libèrent, qui traitent des émotions, des épreuves de la vie, du chemin spirituel.
Je pratique plusieurs instruments, de manière modeste et instinctive : guitare, accordéon diatonique, piano, violon, percussions diverses. Au niveau spectacle, j’explore bien sûr le chant, mais aussi la danse, le mime, l’expression corporelle, les techniques du cirque.
Je travaille énormément à mes mises en scène.
Je suis également réalisatrice, vu que je crée mes propres vidéos illustratives de mes chansons.
Je suis membre de la Sacem depuis les années 2000, et je suis entrée à la SCPP (Société des Producteurs de Phonogrammes) depuis 2021.
Même si j’ai eu des maîtres, que j’ai choisis ou qui m’ont choisie, et que j’ai beaucoup étudié et écouté (je le fais encore tous les jours), on peut dire que je suis une « self-made’woman », dans le sens où à la fin, je construis mon propre chemin, en suivant mon instinct.

5) Comment avez-vous commencé cette passion ?
Je ne me rappelle plus exactement… Je pense même que cela a commencé pendant la gestation vu que ma mère chantait beaucoup quand elle était enceinte.
J’ai souvenir de chansonnettes que j’ai inventées alors que j’avais encore des couches.
Je n’écoutais pas trop en classe, ou alors que d’une oreille, et j’inventais des histoires dans ma tête tout en ayant d’excellentes notes, donc je peux dire que cela remonte à loin.
J’ai fait mon premier concert à 17 ans avec le groupe de mon frère à Montélimar.


6) Avez-vous eu un mentor qui vous a initié ?
Différents artistes de rue que j’ai rencontrés, Jack Kerouac avec son livre « Sur la Route » et Virgil Georghiu avec son livre »La vingt-cinquième heure ».

7) Aviez-vous un autre travail au début de votre activité?
Je suis également professeur des écoles
Les deux sont complémentaires, car pour finir, que ce soit pour les mélodies des chansons ou les spectacles pour enfants, je n’aurais jamais de si bonnes idées si je n’étais pas tous les jours au contact des enfants.
Ils sont une source d’inspiration pour moi, et j’aime souvent à dire que ce sont par ailleurs d’excellents professeurs par leur côté pur et spontané, ils nous rendent humbles.

8) comment avez-vous mené les deux au quotidien ?
J’ai demandé un poste de remplaçante car j’ai des qualités pour gérer n’importe quelle situation d’enseignement et niveau de classe, et cela me permet également un moins grand investissement qu’avoir une classe à l’année, afin de me consacrer à mes créations.

9) Comment avez-vous vécu votre passion durant ces 2 dernières années ?
Très bien puisque j’ai pu faire pas mal de concerts dans les Alpes-Maritimes et le Var, que j’ai monté un groupe (j’ai donc maintenant des musiciens avec moi), que mes spectacles pour enfants ont aussi eu leur succès.
J’en ai profité pour mieux m’installer, car je suis devenue propriétaire, et j’ai installé mon studio d’enregistrement dans les collines niçoises.

10) Quels sont vos projets à venir ?
Lors de mon récent déménagement, j’en ai profité pour ranger mes archives et j’ai déniché plus de 40 chansons que je n’avais jamais fixées sur un support, je prépare donc deux sorties d’albums pour 2022 avec ces chansons (un en niçois occitan et un en français).

J’espère avoir plus de dates de concerts avec mon groupe, le ZINE BAND ORCHESTRA et pouvoir l’agrandir.
J’ai le projet de monter un stand-up humoristico-musical pour 2023 ou 2024, un peu comme un mix en Blanche Gardin et Mado la Niçoise, je ne sais pas si vous voyez le topo !

11) Quelle est votre vision actuelle de Nice : urbanisme, vie sociale et ambiance ?
Nice a toujours été, tant au niveau des arts, que de la recherche, des innovations pédagogiques et des mélanges de cultures, une ville pionnière en Europe.
Je la trouve cosmopolite et internationale, un peu comme Tanger, c’est d’ailleurs pour cela que ‘jai choisi de m’y installer définitivement dans les années 2000.
Je pense que Nice doit actuellement se montrer plus audacieuse et libre, laisser les artistes divergents et multipotentialistes qui y vivent s’exprimer encore plus, afin de retrouver la brillance d’une pépite rayonnante et délicate, préservée dans son écrin magique, et c’est d’ailleurs ce que les niçois souhaitent.
Comme je dis bien souvent à mes amis d’autres régions françaises, Nice n’est pas du tout la ville bling-bling et superficielle que certains aiment à dénigrer (mais à la limite, qu’ils laissent les Niçois tranquilles, nous n’avons as besoin d’autant de touristes, surtout s’ils sont dans cet état d’esprit !)

Au niveau culturel, d’un côté il est bien sûr important et primordial de préserver notre patrimoine, mais il ne faudrait pas non plus oublier que Menica Rondelly, par exemple, ou Jean Vigo, Célestin Freinet, qui étaient à leur époque de véritables innovateurs ayant inventé leur propre style, hors des sentiers battus, avant de devenir des exemples pour les autres.
Je trouve que Nice pêche encore un peu de ce côté-là, mais c’est lié aussi par exemple au fonctionnement des industries et administrations culturelles, qui sont par définition assez cloisonnées et fermées aux talents purs, sortis de nulle part, venus du « peuple » !
Je trouve la France, de manière générale, un peu trop « académique », il n’y a pas véritablement de place pour les auto-didactes et innovateurs dans le milieu de la Culture.
Et je ne parle pas que pour moi, je connais d’autres artistes dans ce cas, ici, qui peinent à obtenir leur place, dans ce système parfois un peu étriqué, et encore trop réservé à une élite.
Il me semble que cela est en train d’évoluer dans le bon sens.
En tous les cas, j’ai tout de même envie de souligner les différentes actions de notre Maire Christian Estrosi (lui-même auto-didacte) qui aime véritablement Nice, et également, je remarque qu’il fait en sorte de s’entourer de personnes vraiment qualifiées pour permettre à notre ville de rayonner, tout en gardant son identité propre, sa classe naturelle, sa liberté et son avant-gardisme.
Nice est pour moi profondément résiliente, et propice aux « transformations alchimiques »…

12) Avez-vous des passe-temps, que faites-vous pour vous détendre ?
Je fais et j’écoute de la musique, je lis et j’écris, je jardine, je me promène en nature, je joue au tennis, je nage…

13) Quel est votre livre du moment ?
Je lis « Le temps des secrets » de Marcel Pagnol, mais aussi, « La femme solaire » de Paule Salomon, qui est un plaidoyer pour en finir avec la guerre des sexes.

14) Votre musique du moment ?
En ce moment, je bloque littéralement sur deux chansons d’amour médiévales du patrimoine arabe :
Al Bint El Chalabeya et Lamma Bada Yatathana :je suis en train de les apprendre.

15) Avez-vous un rêve ?
Un de mes rêves est de chanter mes chansons niçoises avec du bon son sur un char au Carnaval de Nice, en étant suspendue dans les airs en haut du char.
Après, j’aimerais qu’on me donne les moyens de me produire avec un véritable orchestre sur les grandes scènes de la région, pour donner à mes chansons l’ampleur qu’elles méritent, et pouvoir les emmener aussi sur des scènes internationales.

Merci, ZINE.