MATHIEU SCHMITT – songs without words

MATHIEU SCHMITT – songs without words

16 mars 2022 Non Par Nice City Mag

Du 19 mars 2022 au 30 avril 2022 à la GALERIE CATHERINE ISSERT, SAINT-PAUL DE VENCE

Un salon de musique
S’il est un travail qui éveille la curiosité et fascine à la fois, c’est bien celui de Mathieu Schmitt. Pour la galerie Catherine Issert, l’artiste a savamment construit une installation sonore et visuelle sans nécessairement dissimuler les moyens de sa réalisation. Il
n’en demeure pas moins qu’on cherchera à s’expliquer songs without words, à percer l’intelligence du système et à remonter aux impulsions premières. Un moteur derrière l’assemblage ? Ou seulement des entités reliées entre elles ? Et, si compatibilité il y
a entre les « objets » en présence, selon quelle loi exactement ? Des procédés aux procédures élaborés par l’artiste, on se posera ces questions ; à moins que, pris par la force plastique de la composition ainsi établie, on décide de se laisser porter par la part du sensible qui s’en dégage, installé confortablement dans ce que Mathieu Schmitt a également imaginé pour le public : une sorte de salon de musique où il fait bon méditer sur ses propres sensations, outre l’alliance réussie de l’art et de la technologie. Car l’artiste a tout orchestré sans en avoir l’air, de la programmation des cartes arduino qui logent dans ses sculptures jusqu’à l’atmosphère. La visite de son atelier, lieu de création
où l’intelligence s’exerce et joue avec le matériel à disposition, en est le signe patent. Aristote avait reconnu aux végétaux une âme rudimentaire, mais une âme tout de même. Mathieu Schmitt, pour sa part, aime introduire l’idée que les cactées pourraient
« sentir » et même, posséder un sens esthétique, s’adonnant au plaisir d’improvisations musicales où des nappes sonores se répondent en d’étranges harmonies. Et que penser des ordinateurs actuels qui, dans le sillage de ceux de Manfred Mohr ou d’autres pionniers du numérique (l’artiste connaît ses classiques !) seraient capables, à partir de data recueillies dans des sociétés informatiques de pointe, de générer des images
« À la manière de » ? Sans compter les « parades » ou espèces de chorégraphies auxquelles se livrent ces éléments de robotique que l’artiste a su équiper de webcam selon l’humour qui est le sien. Mais qu’on ne s’y trompe pas, si on se sent attiré pas ces
dispositifs, c’est moins par une familiarité croissante avec le monde de la technologie, ou par la connaissance de certaines avancées scientifiques concernant le vivant par exemple, que par ce qui s’y opère : une forme de réconciliation avec notre temps,
réconciliation faussement naïve évidemment !
Ondine Bréaud-Holland
Décembre 2021



« Les systèmes numériques, qui ne laissent plus aucune place à l’erreur, ont
fait leur temps. L’heure est venue de créer des
systèmes permettant, voire créant des
erreurs, afin de découvrir de nouvelles
formes : des outils non triviaux. »

MATHIEU SCHMITT
Le principe d’incertitude
Sommes-nous formatés ?
La question, en général, révolte. Comment oser la poser puisque la réponse semble couler de source : non, bien sûr!
Et le libre arbitre qu’en faites-vous? Et la science? N’est-elle pas là pour éclairer le chemin et commander des actes réfléchis et raisonnables?
Il en va ainsi du langage numérique utilisé en informatique.
Il a l’air infaillible. Le résultat attendu, programmé, advient avec une régularité imperturbable. Pas de surprise, d’imprévu : tout est réglé comme du papier à musique.
Mathieu Schmitt est bien placé pour le savoir: il a fait des études dans les domaines de l’informatique, des systèmes automatisés et du multimédia.
A Sophia-Antipolis, d’abord, où il obtient en 2003 un DUT de Génie des Télécommunications et Réseaux. Puis en Écosse, à Édimbourg, où il réussit, en 2005, un Master en Systèmes Multimédia, à la Napier University.
Un jeune homme de son temps, en somme. Formé [formaté ? ah le mot est lâché…] pour entamer et réussir une belle carrière de technicien.
Sauf que Mathieu Schmitt refuse d’être formaté. Depuis l’enfance, ses rêves le portent vers la technique, certes, mais pour en jouer ou en déjouer, comme on voudra.
C’est son côté artiste. Qui le pousse à intégrer la Villa Arson, l’École Nationale Supérieure d’Art de Nice. Il en sort diplômé en 2009 avec une idée: la technique, oui, le multimédia, l’électronique, tout ce qu’on
voudra, mais vu à travers le prisme de l’art.
Un théoricien lui fournit le point de départ: Heinz Von Foerster, l’un des pères de la cybernétique.
Selon lui, constate Mathieu Schmitt, “les systèmes numériques, qui ne laissent plus aucune place à l’erreur, ont fait leur temps”.
L’heure est venue de créer “des systèmes permettant, voire créant des erreurs, afin de découvrir de nouvelles formes : des outils non triviaux.”
D’où l’esprit et la méthode de sa pratique artistique.
“Elle est, explique-t-il, principalement sculpturale, mais s’étend à de nombreux autres médiums : vidéo, son, dessin et installation, qui permettent d’investir d’autres champs et ainsi d’agrandir ma zone d’investigations. Concernant mon activité principale, je considère mes réalisations comme des instruments générateurs d’incertitudes, questionnant sur leurs fonctions, fonctionnalités ou fictionnalités, et engageant l’imaginaire, la mémoire et le corps du regardeur.“
Site internet de l’artiste :
documentsdartistes.org/artistes/schmitt/repro.html


Dans le cadre de l’exposition songs without words de Mathieu Schmitt et pour faire suite au World Artificial Intelligence Festival organisé à Cannes du 14 au 16 avril, la galerie organise une manifestation du 18 au 23 avril autour de l’intelligence
artificielle dans l’art.
Ces quelques jours temps fort, offriront un panorama d’expériences scientifiques et artistiques contemporaines avec Alberto Sanna, Piera Riccio et Francesco Galati
mais aussi historiques avec Vera Molnár, artiste pionnière dans ce domaine.

GALERIE CATHERINE ISSERT,
2 ROUTE DES SERRES
06570 SAINT-PAUL 
Tel: 33(0)4 93 32 96 92
galerie-issert.com