MASSENA : LA PLACE ET LA RUE

MASSENA : LA PLACE ET LA RUE

30 août 2021 0 Par Nice City Mag

25 avril 1832. Conseil Municipal de la Ville de Nice.
Deux décisions importantes vont être prises…

L’aménagement d’une place sur la rive droite du Paillon, au déboulé du Pont Neuf, pendant de la place Charles-Albert sur la rive gauche.
Et sur cette place, une église, par fidélité au vœu des Niçois, suite à l’épidémie de choléra de 1830.
Tout est acté. Les plans sont prêts. Le calendrier adopté.      

C’était sans compter sur les caprices du Paillon et des pluies torrentielles qui se sont abattues, inondant tout.
Le projet fut abandonné

Du moins pour l’emplacement de l’église Notre-Dame-des-Grâces, la future Eglise du Vœu.

Dans une nouvelle séance, le Conseil Municipal décida de sa construction sur le quai Saint-Jean-Baptiste, où elle se trouve aujourd’hui, rue Tonduti de l’Escarène.
Quant à la place, ce sera un quadrilatère… à trois côtés !

La Piazza Quadrata, bordée d’immeubles à arcades, de même niveau et aux façades couleur ocre-rouge.

N’oublions pas ce qui deviendra finalement le quatrième côté… en demi-cercle !

Là où se trouve aujourd’hui la Caisse d’Epargne, la Plassa Carlou-Aubert.
Cette construction avait été réalisée préalablement au Consiglio d’Ornato, et donc n’obéissait pas à ses principes.
Principes qui, de 1832 à 1860, seront respectés à la lettre pour donner une harmonie d’ensemble, aussi bien pour tous les projets de construction que d’aménagement, y compris pour l’endiguement du Paillon.
Ainsi donc, contrairement à la place Charles-Albert, la place Masséna serait entièrement gérée par le Consiglio d’Ornato.
Mais carrée, orientée vers le Pont-Neuf, elle serait un mélange d’architecture française et italienne.

Entre 1848 et 1886, la population niçoise va doubler passant de 37 000 à 74 000 habitants. Elle sera de 135 000 habitants en 1906.
Et c’est la place Masséna qui est le cœur de ces nouveaux quartiers à construire.
Très rapidement, la Ville vendit les terrains qu’elle détenait avenue de Verdun et, là comme à l’est, de nombreux immeubles virent le jour.
Petit à petit les vieilles maisons basses, les fours  de boulangeries, les laiteries et autres granges, disparurent du paysage.
Dès 1850, des commerces de luxe s’implantaient le long du quai Masséna, l’avenue de Verdun actuelle, et des hôtels de standing, comme l’Hôtel de France, le Plazza actuel.
Sur la place elle-même, le Café de la Victoire à l’emplacement actuel de la BNP, la confiserie Escoffier qui deviendra Vogade, des immeubles comme celui construit en 1859 qui accueillit, en 1890,  le premier grand magasin de lingerie à Nice et devint, en 1915, les Galeries Lafayette.

Alors que la place de la rive gauche avait été dédiée à la gloire du Roi de Sardaigne Charles-Félix en 1827, pour commémorer sa visite à Nice, celle de la rive droite reçue le nom du Maréchal d’Empire André Masséna en 1852.
Ce niçois, né à Levens, mena une brillante carrière militaire auprès de Napoléon Bonaparte  dont il fut l’un des chefs de l’armée d’Italie, en 1796.
L’Empereur le nomma Maréchal d’Empire en 1804, Duc de Rivoli en 1807 et Prince d’Essling en 1810.
La même année, c’est à lui que l’on doit la construction du lycée qui porte son nom.
A l’opposé d’un Garibaldi, il fut un zélé défenseur de l’Empire et de la France, fortement attaché à ses racines niçoises jusqu’à sa mort en 1817, à l’âge de 59 ans.

La place Masséna sera aplanie en 1860,  pour la venue de l’Empereur Napoléon III.
En réalité, elle ne sera achevée qu’en 1868.
Pour l’heure, il est important d’organiser la place, de l’aménager afin de répondre aux demandes croissantes d’une population en pleine expansion.
Et d’abord d’assurer les déplacements, c’est-à-dire les transports.
La Ville de Nice va décider de prendre en charge ces transports dits « en commun ».
Par diverses concessions, sur lesquelles nous auront l’occasion de revenir, elle va créer un véritable réseau de tramways, d’abord hippomobile dès 1871, puis électrique à partir de 1895.
La place Masséna devient le centre du réseau de tramways de Nice, avec sa station centrale d’où partent toutes les destinations, Masséna – Sainte-Hélène, Masséna – Magnan, Masséna – Saint-Maurice, Masséna – Abattoirs.

En peu de temps un parc de cent motrices est mis en service.

Le développement du réseau des tramways ne s’arrêtera pas là, tant la croissance des populations  de Nice et des villes alentours est forte.
Le réseau comptera jusqu’à cent cinquante kilomètres de voies et deux cent quatre-vingts motrices et remorques.
Il desservira aussi bien Villefranche-sur-Mer que Beaulieu et Menton, Saint-Laurent du Var que Cagnes-sur-Mer, et jusqu’à Contes.
Il faut dire que plus rapide et plus confortable que l’omnibus ou l’hippomobile, le tramway électrique ne génère que peu de nuisances.
De plus, à cette époque, chaque compagnie d’exploitation produisait sa propre électricité, et revendait ses surplus à des tiers.

En une quinzaine d’années, Nice va devenir le plus grand centre de transports en commun de la Côte d’Azur.
Même si les évolutions en la matière amenèrent, dès les années vingt, l’autobus à supplanter le tramway, puis le trolleybus à remplacer l’autobus, à partir de 1942.
Jusqu’à ce qu’à nouveau l’autobus réapparaisse en 1963, pour être aujourd’hui (combiné) avec le renouveau du tramway.
Centre du réseau des transports en commun dès la fin du XIXème siècle, durant la Belle Epoque, la place Masséna devient alors le centre de la vie niçoise, commerciale et touristique, sociale et culturelle.
Encore fallait-il structurer, restructurer l’espace et organiser son développement urbanistique.

À suivre…