LES BELLES HEURES DE LA VICTORINE

LES BELLES HEURES DE LA VICTORINE

6 avril 2022 Non Par Nice City Mag

« En 1940, tout le cinéma français s’était réfugié à Nice au studio de la Victorine « , écrit Jean-Louis Barrault dans ses mémoires.

Les studios fonctionnaient à plein, on tournait plusieurs films à la fois, certains techniciens dormaient sur place pour gagner du temps.
Se trouvaient là : Abel Gance, Prévert, Jean Delannoy, Kosma, Louis Jordan, Micheline Presle, Marc Allegret, Jean-Claude Dauphin, Viviane Romance, tant d’autres … dont des inconnus qui ne le resteraient plus longtemps : Jean Marais, Gérard Philippe.
Toute cette activité mobilisait un grand nombre de figurants hommes, femmes, enfants qui étaient sûrs, en se rendant à la Victorine, de gagner quelques sous et surtout de profiter de la collection.

Les enfants du Paradis
Carné, Prévert sont les deux emblèmes de la Victorine de l’époque.
Après les Visiteurs du soir, il y a eu Les enfants du Paradis.
Le tournage fut un pari qui releva du miracle.
Comment dans une période de pénurie, reconstituer la richesse d’une époque ?
Dans les studios, les menuisiers, les staffeurs, les plâtriers, toute une armée d’ouvriers se mettent au travail. Un travail gigantesque : 35 tonnes d’échafaudages, 350 tonnes de plâtre, 3000 m² de canisses, 300 fenêtres, 5000 m² de vitres.

Le Boulevard du Crime

La reconstitution du Boulevard du Crime s’étendait quasiment grandeur nature.
Pour la scène finale plus de 1500 figurants furent recrutés.
L’un des chefs techniciens de l’époque, M. Fornari, confiait à une revue : « Commencé en grandeur réelle, le boulevard finissait en maquette réduite : mais comme il fallait que le décor soit parcouru sur toute sa longueur, Carné avait décidé d’utiliser dans la partie maquette, des enfants en habits d’adultes, de loin leur petite taille cadrait très bien avec la nécessité de la perspective « .
Marcel Carné, avec minutie, avec jubilation, se transforme en dieu omniprésent de cet univers à tel point réaliste que la réalité – et celle de l’occupation, de la guerre, de la faim – s’estompe pour laisser place à une histoire de passion et d’amour fou.



La routine et … BB
Les années cinquante furent pour la Victorine des années de routine…
A part peut-être, par un beau matin de 1953, l’arrivée d’une sauvageonne, cheveux au vent, le corps délié sans voile ni contrainte, au visage de bébé boudeur. Brigitte Bardot qu’on n’appelait pas encore BB, tournait La lumière d’en face.
Si BB devait exploser à Saint-Tropez quelques années plus tard avec Dieu créa la femme, c’est bien sur les plateaux de Saint-Augustin qu’elle fit des débuts qui ne laissèrent aucun des hommes présents insensibles.

Lady L
Il faut attendre 1964, et l’arrivée d’un homme rond qui parle français avec un accent délicieux : Peter Ustinov.
Le tournage de Lady L non seulement rendit son lustre à la Victorine, mais égrena dans la ville entière.
A la Victorine on se croyait revenus au temps des Enfants du Paradis.

Peter Ustinov avait fait aménager une place dans le style du Paris 1900, sur 60 000 m² de terrain.
Rien ne manquait : pavage avec de véritables pierres, devanture de banque, cafés, blanchisserie, entrée d’une station de métro et même une bonne vielle vespasienne.
On entrait dans le décor avec ses lampadaires, son armée de figurants en costume et l’on s’y croyait.
L’atmosphère de la Belle Epoque merveilleusement restituée par les artisans du studio.
Ces décors devaient longtemps encore dresser leur squelette battu par les vents et les pluies. Entre les pavés poussait l’herbe, même l’incendie qui ravagea les plateaux en 1970, les épargna.



La nuit américaine
François Truffaut en 1972 est un vieil adolescent de quarante ans.
Il eut l’idée d’un film racontant le tournage d’un film.
L’ambiance des salles de montage, des laboratoires le fascinait.

La nuit américaine fut un succès.
En 1972, année du tournage de La nuit américaine, les bénéfices de la Victorine s’élevaient à six millions.
Mais en 1974, l’année s’achevait sur un déficit de huit cent mille francs.
En 1976, deux films seulement sont réalisés, en 1977, trois, dont le fameux Egouts du Paradis de José Giovanni.
Dans les ateliers, on travaille toujours avec le savoir-faire proverbial des ouvriers de la Victorine.

Le personnel attend la grande reprise.

A suivre…

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…