LE RAY

LE RAY

7 décembre 2021 0 Par Nice City Mag

Le Ray a connu plusieurs visages, d’abord hameau de campagne puis quartier éloigné du centre-ville et enfin zone d’habitation intense.

Il faut imaginer la ville moderne venant s’achever à la hauteur de la gare de chemins de fer.

Plus loin, quelques villas, jusqu’à la place Béatrix (Charles de Gaulle) et, plus loin encore, le plat pays rural des maraîchers, des fermes et des moulins.

La terre de ce secteur est bonne, bien arrosée par des sources et des cours d’eau, tel le Gorbellon.

Là, autour d’une petite église et d’une fontaine, vivent à la fin du XIXème siècle un peu moins de 300 habitants.

Nous sommes à la campagne, Monsieur le comte de Falicon ne s’y trompe pas.
A l’exemple du comte de Chambrun à Saint-Maurice, il rêve d’une propriété pour, l’été, venir y prendre le bon air.

En 1875, il fait construire « son » château, entouré d’un immense parc peuplé des plus belles essences et des plus beaux arbres. Cette demeure, il la baptisera « La Prediletta » (la favorite en italien).
Pendant l’hiver au Ray, les fermiers, au total huit familles, entretenaient le domaine. D’ailleurs plus de trois quarts des habitants de ce qui n’était pas encore un quartier, exploitaient des terres appartenant à des nobles ou à des riches bourgeois.

L’agriculture règne en maître.
Les familles vivent pauvrement, les épouses et les filles se mettent au service des hivernants. Les femmes du Ray deviennent laveuses, repasseuses, servantes.

La ville est loin, mais on travaille pour elle, les horticulteurs partent chaque matin vendre leur production sur les marchés niçois.



LE RAY CHANGE DE VISAGE

Avec le XXème siècle, le Ray peu à peu change de visage.

La municipalité a des vues sur le nord niçois.
Une population essentiellement émigrée d’italiens apparaît, composée de plâtriers, de charpentiers, de peintres en bâtiments.

En 1928, elle ouvre l’avenue Cernushi et en 1930, le boulevard Gorbella, une magnifique artère qui restera plus de vingt-ans vierge d’immeuble.


Sur l’avenue Cernushi s’élevait depuis 1911, une villa de charme, la villa Mercedes.
La demeure fut vendue en 1920 au docteur Stevens proche de Gabriel Fauré.
L’auteur de « Masques et bergamasques » et du « Réquiem » était un habitué de Nice où il tentait de trouver un soulagement à ses maux.
Le docteur Stevens proposa à Fauré de venir habiter à la campagne chez lui, villa Mercedes.

GABRIEL FAURE A LA CAMPAGNE

Voici donc Fauré avenue Cernushi.

Le musicien, âgé de soixante-quinze ans, retrouve une nouvelle jeunesse dans son refuge du Ray.
Il achève son deuxième « Quintette ».
Dans le même temps l’Etat lui commande un chant funèbre pour la cérémonie anniversaire de la mort de Napoléon.
Le moment du départ approche, Fauré le regrette.
Gabriel Fauré reviendra à Nice l’année suivante, où il séjournera à la villa « Frya » promenade des Anglais, loin, bien loin des potagers du Ray.
Bien des années plus tard la municipalité honorera la mémoire du compositeur en donnant son nom à une courte rue reliant la rue Halévy à l’avenue Gustave V, en oubliant le Ray et la villa Mercedes, où Fauré acheva son chef d’œuvre, ce « Quintette » où les mélomanes reconnaissent que le musicien a atteint « au domaine monumental » un tournant pour le Ray.

A partir de 1930, commence une migration en sens inverse, de plus en plus de gens qui travaillent dans le centre, viennent habiter au nord.
En effet, la campagne est mise en lotissement, ce n’est pas encore la ruée mais le commencement d’un mouvement qui ne s’arrêtera plus.

LE STADE LEO LAGRANGE

Symbole de ces temps nouveaux, la création du stade Léo Lagrange, que très vite on appellera plus simplement le stade du Ray.
Il est inauguré le 30 janvier 1927.
Les premières tribunes furent édifiées en 1947.
La même année l’équipe est championne de deuxième division, trois plus tard, elle devient championne de première division avant d’aborder la saison 1951-1952, où l’équipe fanion décroche et le championnat et la coupe de France !
Les foules se pressaient au stade.

LE GRAND CHAMBARDEMENT

La ville doit s’agrandir.
Trois zones d’expansion sont possibles : la vallée du Var, celle du Paillon, celle du Ray – Gorbella.
Le Ray présente tous les avantages, il est seulement à 4 kilomètres de la place Masséna, les collines font écran contre le vent, de plus le boulevard Gorbella possède déjà une urbanisation.
La décision est prise. 70 hectares seront aménagés en contre bas de Las Planas et de Gairaut, 4 000 logements sont prévus : un immense chantier.

Le château est démoli, les arbres abattus.
Un monde, une civilisation, une culture aujourd’hui oubliée.
La villa Mercedes s’en souvient certainement.
Elle a survécu à tout.
Par bonheur.