LE PORT, UNE GRANDE AVENTURE

LE PORT, UNE GRANDE AVENTURE

1 juillet 2021 0 Par Nice City Mag
Peut-on imaginer qu’il y a seulement 272 ans, le port de Nice n’était qu’un vaste marécage parcouru de multiples cours d’eau dont l’un, le Lympia, lui donna son nom ?

Bien avant que les Romains ne fondent Cemenelum, l’actuel Cimiez qui était leur ville-garnison, les Grecs au V° siècle avant J.-C. avaient installé au pied du Château un comptoir nommé Nikaïa. Et c’est là, au lieu-dit Les Ponchettes, que fut créé le premier port de Nice.
C’est là que les barques étaient tractées sur la grève et les navires déchargés par transbordement.

Les Ponchettes furent le seul port de Nice de l’Antiquité au Moyen-Age. Ce n’est qu’en 1295 que les comtes de Provence, suzerains de Nice, mettent en place un deuxième port dans la rade de Villefranche. Cet équipement portuaire va perdurer y compris lorsqu’en 1388, le comté de Nice passe sous la domination de la Maison de Savoie et les deux ports vont cohabiter jusqu’au milieu du XVIII° siècle.

Un nouveau port…
Le 26 septembre 1749, le Roi Charles-Emmanuel III de Savoie décide de doter Nice d’un véritable port de commerce. Il signe un Regio Biglietto , Billet Royal, pour convoquer ses meilleurs experts le 3 octobre courant, à Villefranche. Tous s’accordent alors à penser qu’il faut développer le port existant de Villefranche. Mais le Roi n’est pas de cet avis. Il considère qu’après les guerres de successions, aussi bien celle de Pologne que celle d’Autriche, Villefranche doit rester un port militaire, où stationne la Marine Royale.
Certes, à partir de Villefranche, il faut améliorer les voies de communication, vers Nice, vers le Piémont. Mais, dans cette période de paix, il devient impératif de développer le commerce. Et donc multiplier les investissements, aussi bien privés que publics.
Aussi, par un nouveau Billet Royal, Charles-Emmanuel III décide, le 8 octobre 1749, de la construction d’un port, en liaison directe avec la ville de Nice, au lieu-dit du bassin Lympia.
Ce fut le premier « Mémoire pour le commerce de Nice », élaboré et signé le 21 octobre suivant. Et le 24 novembre, le Roi donne le feu vert pour démarrer le chantier.

Lorsqu’on regarde la carte du front maritime de 1749, on ne peut que penser que ce Roi de 48 ans était tout aussi visionnaire et réformateur que son père Victor-Amédée II.
Même si les  investisseurs-marchands de l’époque, les familles BADAT et FOSSA en particulier, avaient déjà jeté leur dévolu sur cette darse Lympia.
Et que le Roi ne pouvait l’ignorer.
Tout comme il n’ignorait point que cette vallée inhabitée, entre la colline du Château et le Mont Boron, permettrait le développement urbanistique de ce futur port

C’est le 26 novembre 1749 qu’est publié l’Avertissement qui lance les appels d’offres pour les travaux du nouveau port. Le chantier fut long, très long, et s’interrompit souvent. Tantôt pour des raisons budgétaires, tantôt pour d’importants dégâts causés par de violents coups de mer. Il reprit, chaque fois, avec une volonté de réflexion, pour corriger les erreurs et faire évoluer le projet. Notamment l’entrée du port, qui posait problème, comme il est indiqué dans le journal du chantier qui enregistre toutes les opérations, de 1749 jusqu’en 1777.

Les travaux n’empêchent pas le port d’être officiellement ouvert, en 1752, aux navires marchands. Des voies de communication sont réalisées entre le port et la ville, le long desquelles de grands immeubles sont construits. De plus, le nouveau Roi Victor-Amédée III, qui succède à son père décédé en 1773, concède par lettres patentes, et parfois gracieusement, des îlots autour du port, sur lesquels seront construits entrepôts et manufactures, ici une filature de soie, là une fabrique de savon.

Ainsi la « Vallée Lympia » apparaît comme une extension urbaine vers l’Est de Nice.

Après de nouveaux projets d’agrandissement du port, de lourdes opérations de son creusement et 43 années de travaux, l’arrivée des troupes françaises à Nice en 1792 marque la fin du chantier.
Et le début d’une autre histoire. 
Car la Révolution fait du Comté de Nice, le Département des Alpes-Maritimes, en 1793 et de Nice, une ville moyenne avec un port inachevé

A suivre…