LA PROMENADE DES ANGLAIS

La plus belle avenue du monde n’est pas à Paris !
     Elle est à Nice.

     Entre une mer bleue azur et des immeubles belle époque surplombés par des monts verts, sous un soleil brûlant au levant, dans une couleur pourpre au couchant.
    
La plus belle avenue du monde est là.
     Longue de ses 8 kilomètres, avec plus de 4 kilomètres de plage, de galets, de palmiers et de fleurs… elle vient de fêter ses 169 ans !
    
On l’appelle la Promenade des Anglais, « Camin dei Englès », la  « Prom’ »…

Connue dans le monde entier, la Promenade des Anglais symbolise Nice. Et, au-delà, cet art de vivre, entre mer et montagne, toujours côté mer.
Une mixité entre un monde de labeur y prenant ses quartiers de repos et un monde de luxe et de prestige, avec ses bals, réceptions, jeux et concerts. Une architecture sculptée et illuminée.
Et puis, nos chaises bleues, que le temps a délicatement posées près du rivage.
      Pourtant…

     Nous sommes au lendemain de la Révolution Française.
L’Empire bat son plein et Nice compte 30 000 habitants.
Essentiellement dans le Vieux Nice, où règne misère chômage. Tout autour, vers l’ouest, un cadre idyllique.
Les anglais ne s’y trompent pas qui viennent s’installer entre la Magnan et le Paillon, dans un ensemble de somptueuses villas en bordure de mer, qu’ils baptisent « le petit Londres ».

Oui, un cadre idyllique le long du rivage méditerranée.
Mais un rivage accidenté, dégradé et sale.
Alors, l’idée vient d’en faire une véritable voie de promenade. Pour ces riches touristes.
Ce qui fut fait, entre 1820 et 1840, avec un financement de la colonie anglaise et le travail des chômeurs du Vieux Nice.

     En 1844,  le Comte Jules Caravadossi, Premier Consul – Maire de Nice, la baptise officiellement « Promenade des Anglais ».
Ce n’était encore qu’une voie rurale, mais très rapidement un nouvel urbanisme balnéaire, orienté vers la mer, voit le jour.
D’autant qu’en 1864, le pont Napoléon enjambe le Paillon et relie le quai du Midi, actuel quai des Etats-Unis, avec la Prom’. On avait enfin les Champs Elysées de la Riviera Niçoise. Une longue allée très large, trottoirs décorés, fleurs et palmiers, plus d’une trentaine de becs à gaz pour l’éclairer…

La Prom’, c’est la vie parisienne à Nice ! Un monde de plaisir, de luxe et de volupté.

     Avec ses magnifiques villas, aujourd’hui hélas disparues.
Celle des « officiers », l’une des premières, où résidait la sœur de Bonaparte.
Celle des Orestis, qui accueillit l’impératrice Alexandra Feodorovna, puis la reine Isabelle d’Espagne, avant d’être détruite pour permettre la création du boulevard Gambetta. D’autres encore.
Et celles qui existent toujours, comme la Villa Masséna avec ses superbes jardins, devenue un musée dédié à l’histoire de Nice, où le Tzar Nicolas séjournait régulièrement.

Avec ses hôtels.
L’hôtel des Anglais, le fleuron, vaste immeuble de style colonial et ses nombreuses loggias, ses immenses salons de réception, où, à partir de 1860, toutes les têtes couronnées et ex-couronnées se rendaient.
Il fut racheté par Henri Ruhl qui le rasa, pour le reconstruire sur des plans de Charles Dalmas, qui réalisa plus tard le Palais de la Méditerranée, et en faire le temple de la Jet Set, l’Orient Express face à la mer.
Le Ruhl fut détruit en 1979 pour devenir le Méridien.
Mais aussi, l’hôtel du Luxembourg, dont un immeuble aujourd’hui évoque le souvenir, l’hôtel de Rome, devenu l’hôtel West-End et puis, en 1880, l’hôtel Westminster.
C’est Victoire Schmitz, l’arrière grand-mère des actuels propriétaires, qui obtint l’autorisation du duc de Westminster d’utiliser son nom et, en réunissant deux immeubles, construisit ce magnifique bâtiment en front de mer.

     La Prom’, c’est le Temple du jeu…
Tout un monde de dorure et de paillettes, de fleurs et de parfums, de fumées et de nuitées, ivre de polka et de mazurka, où se croisent valets de chambre et valets de pied.
     L’Empire prend fin. La III° République commence et avec elle une lente, mais réelle, démocratisation de la vie.
L’aristocratie s’efface devant l’essor de la bourgeoisie.

En 1880 naît le projet du casino de la Jetée-Promenade, véritable « phare du littoral » niçois, comme posé sur une mer dont le bleu relève encore plus l’éclat de son architecture métallique.
Le 4 avril 1884, veille de son inauguration, il brûle.
Reconstruit, il ouvre en 1891. Jeux d’argent, bals, concerts, opérettes, grands orchestre, orchestre de jazz, tout y est.
Les Niçois en raffolent.
Le casino de la Jetée Promenade devient célèbre dans le monde entier.

Dès 1869 un hippodrome était ouvert à l’emplacement actuel de l’aéroport.
Tout le « gratin mondial » venait parier et déjeuner lors des Grands Prix.
Or, dès 1906, la Promenade des Anglais atteignait les bords du Var.
Le soir venu, la dernière course achevée, les derniers gains encaissés, toutes les « élégantes » et leurs chevaliers servants, en équipages bien ordonnés, revenaient en ville par la Prom’.
Les curieux se massaient en grappe pour assister à ces défilés de robes opalines et de chapeaux à plumes.
Plumes achetées non-loin, à la Ferme d’Autruches sur la Californie-France, qu’un riche américain avait eu l’idée saugrenue, mais ô combien rentable, d’installer sur 15 000 m2 de terrain, en les importants de son élevage de Californien-USA.

Il n’était pas seulement de « Grands Prix » que de prix hippiques.
Nice devint à ce moment là le centre de l’automobile, et la Promenade des Anglais son plus bel écrin.
Tout se passait sur le bord de mer.
Certes la première course de côte française fut celle de la Turbie.
Mais c’était toujours Nice, car elle était la dernière course Marseille-Nice organisée en 1897. Mais c’est à Nice que Mercédès, l’une des plus célèbre firme automobile au monde, a vu le jour.

En 1887, Gottlieb Daimler invente un nouveau moteur.
Emil Jellinek, un richissime homme d’affaires autrichien résidant sur la Côte d’Azur où il organise des courses automobiles, s’intéresse à ce moteur.
En 1897, il se rend spécialement à Cannstatt pour visiter l’usine Daimler où il commande des véhicules Daimler Phoenix.
Les premiers véhicules routiers au monde dotés de moteurs quatre cylindres.
Le 21 mars 1899, à l’occasion du rallye Nice-Magagnon-Nice, Jellinek mise sur sa Daimler qui prend pour la première fois le départ et la surnomme « Mercedes », « grâce » en espagnol, le prénom de sa fille âgée de 10 ans.
Le succès ne se fait pas attendre. Sous leur nouveau nom, les véhicules Mercedes s’imposèrent dans toutes les courses, à Nice comme ailleurs.
Jellineck déposa « Mercedes » comme marque commerciale en 1902 et pu dire :
« C’est probablement la première fois qu’un père prend le nom de sa fille. »

1902 est une année prolixe pour l’automobile.
Léon Serpollet bat le record du monde de vitesse, sur la Promenade des Anglais, à 120 km/h et le niçois Guglielminetti invente le goudron, supprimant ainsi la terre des routes et tous ses inconvénients.
C’est aussi l’époque du « Grand Prix de Nice », du « Critérium International », avec ces chauffeurs à grosses lunettes et manteaux de fourrures, sans casque ni harnais, rivalisant au volant de leur Delahaye et autres Hotckiss.

C’était aussi les concours d’élégance automobile.
Et le théâtre d’un drame : la mort d’Isadora Duncan.
Cette célèbre danseuse américaine, née en 1877,  a révolutionné la danse par sa grande liberté corporelle et la spontanéité de ses improvisations.
Installée à Nice, ce vendredi 14 septembre 1927 elle quitte l’hôtel Negresco, sous les applaudissements de ses nombreux admirateurs.
Somptueusement vétue de voiles, elle monte dans son automobile Amilcar GS, quand son immense écharpe se prend dans les rayons de la roue du véhicule qui démarre. Elle meurt étranglée.  

     La Prom’, c’est tout cela, le centre, non pas de Nice, mais du tourisme niçois. Il fallut donc l’embellir, encore plus. Et d’abord l’agrandir…

(à suivre)

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