LA MADELEINE

LA MADELEINE

7 septembre 2021 0 Par Nice City Mag

Le long des eaux du Magnan s’étendent  la Madeleine et son étroit vallon, véritable campagne dans la ville il y a encore peu.


Autour de son église Sainte Marie Madeleine. Avec ses festins, ses mais dans chaque rue, ses processions, ses concours de boules, avec ses moulins à huile et ses teintureries.
Sans compter les hauts lieux de la cuisine niçoise, de Bracco et son stockfish au « menon » aux poivrons de Poupon et Marinette.
Et nos amis arméniens, toujours souriants et chantants, devenus français, mais niçois d’abord.

Comme dans toutes La Madeleine, c’est d’abord la campagne, où tout vit grâce à l’eau du Magnan.

Bien sûr, d’abord, les produits de la terre.
Comme dans toutes les campagnes alentours.
Des légumes aux fleurs, vendus sur les marchés. Et surtout, la culture des œillets niçois. Jusque dans les année cinquante, on piochait la terre avec le magaoù, la bêche, sur les restanques. Niveler, mettre l’engrais, planter, arroser, pincer les plants, mettre les baguettes avec du fil de coton pour les tenir bien droite.
Et puis de septembre à mai, récolter.

L’eau, encore. Une eau, gratuite et qui le restera longtemps, qui permet de laver le linge de tout Nice.

Les bugadières de la Madeleine vont travailler pour tous les hôtels de la ville, laver, repriser, plier, repasser.
Les hommes aux champs, les femmes au lavoir.
Voilà pourquoi la moitié des blanchisseries du département seront installées le long du Magnan.
Comme la Lyonnaise, Vite & Bien, la Milanaise.
Et Jean Roux qui s’y installe en 1948, rachète un vieil établissement, crée Bleu de France, et vingt ans plus tard lance les « 5 à sec »…dans toute la France !

A côté des bugadières, il y avait les vannières, ces jeunes femmes qui faisaient courir leurs doigts blessés sur les fils des roseaux pour confectionner des corbeilles et des paniers.
Et les moulins à huile, dont celui d’Alziari, connu dans le monde entier.
Sur un ancien plan cadastral, on dénombre neuf moulins sur le vallon de Magnan.
Nice comptait jusqu’à vingt-cinq moulins, à l’époque.
Le Moulin d’Alziari, fondé en 1878, broye encore aujourd’hui à la manière antique, romaine, avec une meule de pierre blanche de la Turbie. On recueille ainsi le « jus d’olive ».

Et des biscuiteries avec les célèbres « madeleines », des fabriques de meubles, de cafés et puis l’eau, encore, qui permit l’implantation de briqueteries et de distilleries. 

Un village, autour de son église, petite chapelle construite au XVIIème siècle, devenue l’Eglise Sainte-Marie Madeleine.
Une population travailleuse, aussi pieuse qu’heureuse de se retrouver lors des nombreux festins, dont la fête patronale le 22 juillet.
Mais aussi, à la San Martin tapa toun vin, l’aubade devant chaque maison de la Saint Martin, pour se faire offrir le verre de l’amitié, en faisant le plus de tintamarre possible.
La procession dei limassa, pendant laquelle chaque maison du boulevard était décorée de fleurs du vallon et illuminée de petites lumières faites dans des coquilles d’escargots.
Sans oublier, par ailleurs, toutes les guinguettes du quartier, où  on danse, on boit du mousseux, on déguste raviolis et tourte de blettes sous les tonnelles.
      Il faisait bon vivre à la Madeleine. Il y avait du travail, la terre était disponible et peu chère.
La population changea, avec de nombreux immigrés, pour l’essentiel italiens.
Mais aussi des Arméniens.
Entre 1915 et 1920, ils avaient été éliminés, chassés de leur pays, par les Turcs.
Des milliers de morts et des survivants aux quatre coins du monde, la diaspora arménienne.
Nombre d’entre eux sont arrivés sur nos côtes, à Marseille, à Nice. Se loger, trouver du travail, la Madeleine les aida.
Ils s’installèrent dans le haut vallon.
Un petit village d’Arménie était né, avec son église Santa Maria, inaugurée en 1928.
Au fil du temps, les Arméniens sont devenus français Pour s’apercevoir qu’ils étaient de Nice, français-arméniens de Nice, niçois en somme.

Les années soixante arrivent, là aussi tout bascule.

La Madeleine s’industrialise, de plus en plus.
Avec la SFER, grande entreprise spécialisée dans l’électricité et l’électronique, qui a compté jusqu’à 1 500 employés.
Les commerces se multiplient, l’immobilier envahit l’espace, les terrains deviennent chers, de plus en plus chers.
Toute une vie industrielle et commerciale qui, sans transition aucune, fit basculer ce vallon des chansons des bugadières et des campagnes d’œillets, en une cité urbaine de forte densité, aux embouteillages par trop célèbres.
C’était le village, ça l’est encore, malgré sa transformation en couloir immobilier et autoroutier tumultueux  aujourd’hui.
    
Mais on reste toujours « de la Madeleine », pour toujours.