La fête des mai 2022, le retour aux jardins des Arènes de Cimiez…

La fête des mai, aussi appelée festin des mai, est probablement la plus ancienne fête traditionnelle niçoise.   
« Anen vira lou Mai »: une tradition Niçoise pour chanter, danser et perpétuer la culture niçoise !

Quand les beaux jours arrivent, tous les dimanches, les Niçois montent à Cimiez pour célébrer le retour du printemps.
Là, tout au long de la journée, pendant que les enfants courent partout dans les jardins des arènes, les familles et les amis s’installent sous les arbres en buvant un « gotou de vin » et en mangeant « la socca », « la pissaladièra » et « lou Pan Bagnat » discutant de tout et de rien.

Et cette année, ils seront heureux de se retrouver après 2 ans passés chacun chez soi.
Ces moments font partie de ceux que l’on ne veut pas manquer. On se balade au milieu des stands de restauration, des stands des associations niçoises, rencontrant un auteur de bouquin ici, un artisan, un ami que l’on retrouve là…
Une journée ou les niçois et niçoises se retrouvent, se réunissent pour chanter, danser et fêter le printemps. 

Pendant, que l’on « ficanasse » ou on fait un « penec » sous les oliviers, les groupes de musique ou de danses traditionnels animent l’estrade située autour du mat enrubanné.
Ils tournent les Mai…. Tourner le mai veut dire danser autour du mât central en croisant les longs rubans de couleur qui entoure celui-ci, puis en les décroisant dans le sens opposé. 
Cela veut tout aussi bien dire danser autour du mat.
On dresse un mât central, ou quelque chose l’évoquant, on décore de guirlandes et de lumières multicolores, on organise la farandole, danse et musique jusqu’à plus d’heure.

À Nice, le temps des festins est lancé dès la fin du mois de mars ou le début du mois d’avril par le « festin des cougourdons » (Lou Festin dai cougourdon) à Cimiez, dont la tradition vivace perdure encore fin XIXe.
Également connu comme « festin des reproches », il était l’occasion de rendre publics, pour les vider, les griefs que les couples avaient accumulés durant la longue cohabitation de l’hiver.

Face à la modernité et à l’urbanisation du territoire qu’on peut dater de l’arrivée du chemin de fer à Nice en 1865, au cosmopolitisme d’une ville dont l’économie est exclusivement fondée sur le tourisme international, des voix s’élèvent pour défendre une « identité » niçoise, notamment linguistique et culturelle Rondes, mâts et guirlandes dans chaque quartier.

En février 1907, le chansonnier Menica Rondelly et le journaliste Léon Barbe cherchent à faire revivre la tradition des Mais : le journal organise donc un concours entre les quartiers, doté d’un prix et relayé dans L’Éclaireur de Nice et son supplément hebdomadaire illustré, L’Éclaireur du dimanche.

Un comité de quartier se constitue pour organiser un Mai sur chaque place de la ville avec décoration, guirlandes et élection d’une reine et de ses dauphines.
Les décorations de ces Mais de quartiers sont parfois intemporelles (corbeilles de fleurs, éventails, moulins, lanternes, etc.) mais peuvent être, à l’instar des chars de carnaval, satiriques…

L’Éclaireur de Nice ne survit pas à la Seconde guerre mondiale et, avec le journal, le concours des Mais de quartiers disparaît.

Kermesse et majorettes aux Arènes
1962, alors que la fête des Mai s’était essoufflée, le Comité des fêtes de la Ville de Nice s’empare du nouveau lieu culturel que sont les Jardins des Arènes de Cimiez pour y recréer une manifestation municipale dont la première édition a lieu en mai. Le parc accueille kermesse et bal populaire tous les dimanches et jours fériés du mois de mai. Le temps des mais s’achève par le gala de clôture du premier dimanche du mois de juin.
Lou Caïreu Niçart”, “Nice la Belle” et la “Ciamada nissarda ” et donnent des démonstrations de danses traditionnelles niçoises. Les rassemblements de majorettes venues de toute la région sont le clou du spectacle : celles de Nice (fondées en 1963) en blanc et liseré bleu, celles de Cannes en jaune et bleu, celles de Saint-Laurent-du-Var ou celles d’Antibes-Juan-les-Pins qui se sont vues, en 1969, décerner le prestigieux titre de « Majorettes de France ».
Cette manifestation populaire connaît un réel succès auprès des familles niçoises qui s’y rendent en masse avec leur pique-nique. Les jeunes gens se défient pour gravir le mât de cocagne.
Ça sent la socca et la barbe-à-papa…

Les Mais s’affichent
C’est tout naturellement Gustave Mossa (1883-1971), Imagier officiel du Carnaval de Nice, qui réalise les premiers visuels de communication pour le compte du Comité des fêtes (1962-1966). Tous les Niçois connaissent sa composition où on trouve rassemblés tous les ingrédients de la fête : les danses en costume folklorique, le mât de cocagne et ses guirlandes, et, signifiant du lieu de la manifestation : la croix séraphique et le monastère de Cimiez.
Puis l’école municipale de dessin de la villa Thiole (actuelle EMAP), ouverte en 1965, organise chaque année un concours entre ses élèves, sous la responsabilité de Claire Aragon.
Les projets sont exposés en salle du conseil municipal et un jury présidé par le maire choisit la maquette de l’affiche de l’année. Arbres stylisés et motifs floraux très colorés, typiques des années 1970, fleurissent ensuite sur les panneaux d’affichage municipaux.
Fabienne Bouret signe l’affiche de l’édition 1968, l’Antibois Dominique Prévost celle de 1969, Michèle Schefbal celle de 1972.
En mars 1973, Michelle Roux, fille du propriétaire de « La Colombe d’Or » à Saint-Paul-de-Vence, est lauréate.
En 1976, c’est le jeune Paul Bella, 19 ans et demi, qui remporte le concours d’affiches de la fête des Mai avant de gagner les Beaux-Arts de Paris pour une carrière de photographe.

La tradition des Rosières et reines des Mais
Es la Saison d’amour e de la Capelina,
Es Nissa, che dai « Mai », prouclama la Regina !
Menica Rondelly, mai 1922
L’institution des rosières a été codifiée chez les Francs, au VIe siècle, par saint Médard, évêque de Noyon, dont la sœur, Médrine, aurait été la première rosière (Jeune fille à laquelle on décernait une couronne de roses en récompense, pour sa réputation de vertu.) .
Les terres de langue d’oc et l’Espagne avaient également leurs rosières, traditionnellement élues le 1er mai : habillée de blanc, entourée de ses demoiselles d’honneur, la jeune fille qui passait pour la plus jolie et pour la plus sage de la paroisse présidait, du haut d’une estrade enguirlandée, aux réjouissances, aux jeux et tournois populaires, dont elle couronnait les vainqueurs.

On l’appelait la « Maïa » ou la « Mavo », c’est-à-dire la reine de Mai.
Après la Première guerre mondiale, alors que la France est touchée par la mode des concours de reines de beauté, la finale du concours organisé par Le Journal de M. de Walleffe a lieu en avril 1921 à Nice.
En réaction contre cette impudeur venue d’Amérique depuis la capitale, le quotidien niçois L’Éclaireur de Nice et du Sud-Est entend relancer l’ancienne coutume des « Maïa », tombée en désuétude, et organise un concours de « Roses » ou « Reines des Mais ».
L’opération est reprise dans les années 1930 sous l’égide du comité des fêtes dans le cadre de la « Grande Fête niçoise du Printemps » au jardin Albert-Ier.
La tradition de la Reine des Mais, qui s’était étiolée après-guerre, a été relancée en 2014.

Clément Roassal, le peintre des festins
Le peintre niçois Clément Roassal (1781-1850) a laissé des charmantes vues de ces fêtes champêtres : Festin de Cimiez avec ses éventaires de mets populaires, Festin de Saint-Roch montrant la bourgeoisie niçoise banquetant pendant la nuit, Festin de li Verna représentant un quadrille traditionnel de paysans endimanchés dans les bois du Var, Festins de Saint-Barthélemy, du Ray et de Magnan…
Ces petites huiles exaltent les plaisirs des farandoles autour d’un mât sous les oliviers et les orangers, parenthèse festive, simple et joyeuse, loin des tracas d’un quotidien parfois pénible pour des paysans vivant de peu sur des terres arides.

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Ville de Nice – Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…

%d blogueurs aiment cette page :