JACQUES RENOIR « DÉLICES EN CIEUX »

JACQUES RENOIR « DÉLICES EN CIEUX »

13 mars 2022 Non Par Nice City Mag

La délicencieuse exposition de Jacques Renoir

Jusqu’au 26 Mars 2022, à la Galerie Depardieu, 6 rue Guidoni, 06000 Nice

La photographie de nu remonte aux années 1850.
C’est dire l’ancienneté de ce motif qui représentait alors presque la moitié des prises de vue en circulation.
Avec le portrait et le paysage, on a l’essentiel des thèmes portés par une technique nouvelle qui venait tout juste de naître.
La peinture gardait jalousement ses prérogatives multiséculaires et renvoyait cet art naissant aux animations de foire, aux besoins des artistes d’avoir des modèles à reproduire pour pas cher, et aux scientifiques.
Quant aux nus, les salons de l’Académie proposaient en couleurs des scènes audacieuses, incroyablement sensuelles et qui s’affichaient avec le voile pudique des références antiques et de l’autorité incontestable des maîtres anciens.
Pourquoi ce rappel du passé quand il s’agit de parler d’une exposition qui se tient aujourd’hui à plus de cent cinquante ans de distance ?
Parce que la parenthèse de la « révolution sexuelle » et du « il est interdit d’interdire » a vécu.
Nous en revenons a des problématiques d’un XIXe siècle qui nous parait plus proche que jamais.
On excuse la présentation muséale et non voilée de la peinture de Courbet « L’origine du monde », mais la même réalité en photo dans le même contexte enflammerait le tribunal des réseaux sociaux.

Or Jacques Renoir a voulu cette présentation, avec l’indépendance du créateur qui poursuit ses propres exigences. Chaque photo a été choisie avec soin, avec cette ingénuité qui est la signature de sa souveraine liberté.
Les photos « enflammées » retiennent l’attention.
On pense à un autodafé de représentations érotiques, à moins que ce ne soit le corps lui-même qui prenne feu de désir.
Le temps de la disparition est suspendu, laissant le spectateur à sa méditation. Les mêmes photos sont exposées dans leur intégralité. Certaines d’entre elles ont été prises dans le contexte d’une chapelle privée désaffectée. La position du corps évoque souvent une crucifixion à moins que ce ne soit un abandon, un envol ou une offrande.
On pourra toujours évoquer le martyr de sainte Julie ou d’autres saintes crucifiées parfois représentées avec la poitrine nue, ou encore le martyr de femmes chrétiennes arméniennes durant le Génocide.

La photo de l’affiche joue avec le double sens de son titre : « Délices en cieux ».
On y voit ce que j’appelle une « Fleur du mal » : un corps mort ou endormi, aux bras étendus, peut-être déposé dans cette fosse éclaboussée alentour de coquelicots comme autant de taches de sang.
On pense aux « poppies » de la tradition anglo-saxonne qui font référence à la Première Guerre mondiale et au poème de John McCrae qui évoque les tombes des soldats morts au combat : « In Flanders Fields » : « Dans les champs des Flandres, les coquelicots fleurissent entre les croix… ».
On pourrait également penser en voyant ces papavéracées au dieu du sommeil et des rêves, Morphée, dont ils sont le symbole. Il y a ici une inquiétante étrangeté.

Les images de corps blancs sur fond blanc, ou de corps noirs sur fond noir, sont particulièrement intéressantes.
Ce n’est plus seulement le corps qui est dévêtu, mais l’image elle-même qui se dépouille. Ici la photographie se montre telle qu’elle est : une « écriture avec la lumière.
Les blancs sur fond blanc sont particulièrement émouvants.
Le corps féminin est opalescent, à peine habillé d’un trait. On est au bord d’une disparition dans la lumière qui s’écrirait presque totalement.

Jacques Renoir n’est pas un jeune homme certes, mais c’est un jeune artiste.
Il n’hésite pas à se renouveler et à prendre des risques comme de se mettre en scène nu au milieu d’une de ses expositions.

L’autre prise de risque est celle du triptyque « Le berceau » que j’appellerai les « crèches ».
Ces photos peuvent produire sur le spectateur un effet que je rapprocherai du « Déjeuner sur l’herbe » de Manet, et que le peintre désignait familièrement de « Partie carrée ».
Dans les deux cas, il s’agit d’un détournement de l’allégorie ou de la représentation traditionnelle.
L’un y verra un objet de scandale, ou au mieux une de ses images limites qu’il vaudrait mieux réserver pour l’alcôve.
Un autre méditera sur la réalité de l’enfantement que masque la représentation sacrée. Un autre encore

Un catalogue sera édité dans le cadre de l’exposition.
Jacques Renoir fera une présentation et dédicace le jeudi 17 février 2022, pendant le vernissage.


Galerie Depardieu
6 rue du docteur Guidoni – 06000 Nice France
Tél. 0 966 890 274
www.galerie-depardieu.com
galerie.depardieu@orange.fr


JACQUES RENOIR : BIOGRAPHIE

Jacques Renoir, atavisme oblige, affirme très tôt sa passion pour l’image et la photographie.
Diplômé de l’Ecole Nationale de la Photographie et du Cinéma Louis Lumière, il est l’assistant et le caméraman des plus réputés directeurs photo et metteurs en scène (Vadim, Pierre Granier Deferre, Claude Sautet, Edouard Molinaro, Lewis Gilbert, Bob Rafelson …) mais sa curiosité à découvrir le monde l’entraîne dans le sillage de la Calypso et Cousteau pour sept années à filmer et réaliser les épisodes de la fameuse série TV pour laquelle il est gratifié de quatre nominations et d’ un Emmy Award.
Puis il enchaîne avec des grands reportages : Guerre du Bengladesh, Corée du Nord ( premier témoignage filmé en 1977), conflit Israélo-Palestinien ….
Enfin retour en France pour renouer avec le cinéma et les fictions TV en tant que chef-opérateur Auteur d’une biographie romancée sur Auguste Renoir et ses proches Le Tableau Amoureux chez Fayard, adapté au cinéma ( Renoir interprété par Miche Bouquet).
De trois portfolios les Oliviers de Renoir avec le poète René Latapie, Petite ontologie du reste et le Lac avec la philosophe Claude Montserrat.

De nombreuses expositions jalonnent son parcours de photographe avec le soutien de Galeries telles Bogena à Vence ou la Galerie Capazza Paris /Nançay.

Expositions :
En France :
Atelier J.Renoir
Château Musée de Cagnes sur Mer
Abbaye de Tournus
Galerie Au fond de Cour ( rue de Seine) et Galerie Bernheim-jeune à Paris Musée de Rouen
Galerie Beddington, Bargemon
Galerie Capazza, Nançay
Festival Européen de photographie de Nu , Baux en Provence.
Printemps photographique de Sologne.
Grand prix de la photo à St Tropez
Festival d’Arles
Galerie Depardieu à Nice
Galerie du Musée photo Charles Nègre à Nice.

A l’Etranger :
Zeit-foto salon à Tokyo
Exhibition center à Shanghaï et Beijing
Institut Culturel de Prague et Galerie Nova Sin
Centre Culturel de Pologne à Munich
BMCE bank à Casablanca .
Galerie Fine Art à Amsterdam et Fondation Herman Van Veen Galerie Vito Abba à Florence

www.jacquesrenoir.com