Gustave-Adolphe Mossa. Niciensis Pinxit

La délicencieuse exposition de Jacques Renoir

Jusqu’au 15 mai 2022, au Musée des Beaux-Arts de Nice 33 av. des baumettes, 06000 NICE

L’exposition Gustave-Adolphe Mossa. Niciensis Pinxit se veut une rétrospective de l’œuvre du célèbre et étrange artiste niçois Gustave-Adolphe Mossa (1883-1971). Il est principalement connu pour son œuvre symboliste, qui offre aux regards des œuvres aussi précieuses qu’inquiétantes, faisant de lui l’ultime représentant de ce mouvement artistique majeur. Mais les nombreux autres domaines dans lesquels il s’est investi avec tout autant de passion restaient à ce jour largement ignorés.

En digne continuateur du travail de son père, l’artiste et conservateur Alexis Mossa (1844 ?-1926), il s’engage pour faire connaître et vivre le patrimoine régional.
Faisant œuvre d’historien, il emmène son père sur les sentiers menant aux chapelles de l’arrière-pays niçois pour en dessiner les fresques ; en archéologues, ils défendent la création d’un musée des antiques sur la colline de Cimiez ; en linguiste et auteur régionaliste, il compose de nombreuses pièces de théâtre en nissart ; par de fabuleuses maquettes de chars de carnaval, il fait vivre le spectacle niçois pendant des décennies.

Également ethnologue, il étudie les traditions et costumes locaux et les ressuscite dans les groupes de danse folklorique du Caïreu Niçart et de Nice La Belle qu’il crée avec Francis Gag en 1955 .

Ce musée, dont il fut le conservateur de 1926 à 1971, se devait, cinquante ans après son décès, de lui rendre un hommage appuyé.
Au prisme de la « nissardité » aux multiples facettes de Gustave-Adolphe Mossa, le parcours de l’exposition révèle sous un jour nouveau ce créateur aux nombreux talents, à la confluence des mouvements artistiques internationaux et de la culture régionale, à laquelle il reste attaché toute sa vie.


Cycle de conférences

Gustave-Adolphe Mossa ou l’Œdipe revisité

le 26 fevrier de 11H à 18h, au Centre universitaire méditerranéen, CUM

L’exposition Gustave-Adolphe Mossa. Niciensis Pinxit du musée des Beaux-Arts Jules Chéret est une occasion unique de revisiter à l’aune de l’inconscient le décadentisme, ce mouvement littéraire et artistique contemporain du début de l’œuvre de Freud. Le musée des Beaux-Arts et le centre universitaire méditerranéen de Nice, avec la complicité du groupement « Pour une éthique du décloisonnement » proposent ainsi le cycle de conférences inédit : Gustave-Adolphe Mossa ou l’Œdipe revisité

Un dialogue entre histoire de l’art, psychanalyse et psychiatrie, avec les chercheurs et chercheuses Yves Sarfati, Laurie Laufer et Pierre Bayard.
Tout long de la journée seront analysées des images du décadentisme – tableaux ou figures littéraires – dans lesquelles s’expriment sans retenue à la fois la tragédie du mythe d’Œdipe et le polymorphisme des fantasmes archaïques que chacun porte en lui.
D’où l’effet d’inquiétante étrangeté que l’on ressent à la contemplation des toiles de Mossa ou à la lecture des romans de Jean Lorrain ou de Rachilde : on s’y voit à nu Ciel ! C’est moi !

S’attacher à redécouvrir la vérité du décadentisme revient porter un nouveau regard sur la découverte freudienne, sur ce qui nous constitue dès l’origine et que nous nous obstinons à méconnaître. Tel est l’enjeu de ce colloque auquel nous convie Gustave-Adolphe Mossa.

Programme des conférences et signatures au centre universitaire méditerranéen

11h-12h : Diagnostic et génie évolutif de la névrose du jeune Gustav Adolf Mossa, par Yves Sarfati, professeur de psychiatrie, docteur en neurosciences et psychanalyste 
La coïncidence chronologique et thématique entre les images de Mossa et les écrits de Freud, les unes comme les autres saturés de sexualité, ne pouvait que sauter aux yeux d’un historien d’art connaissant la participation de la vie inconsciente dans l’art, ce que Jean-Roger Soubiran fit si bien lorsqu’il fut question de révéler au public l’univers énigmatique, sexuel, sadomasochiste, fétichiste, dérangeant, obsessionnel, névrotique, de l’imagier niçois. Cette conférence poursuivra l’enquête en démontrant que la force des images et l’insistance des scénarios déployés au fil des huiles et des aquarelles de Mossa donnent à voir, comme à livre ouvert, le déploiement d’une névrose.

14h30-15h30 : Œdipe n’est pas coupable, par Pierre Bayard, psychanalyste et professeur de littérature à l’université Paris VIII
On ne cesse d’affirmer, depuis l’Antiquité et plus encore depuis Freud, qu’Œdipe aurait tué son père. Mais cette accusation ne résiste pas à l’examen. En menant avec rigueur l’enquête sur les circonstances du meurtre et en révélant l’identité de l’assassin, cette conférence montrera que des pans entiers de notre culture reposent sur une erreur judiciaire. Elle permettra aussi de réinterpréter certains tableaux de Mossa, tel son fameux Œdipe vainqueur (1906). 

15h45-16h45 : Les masques chez Jean Lorrain et les héroïnes de la modernité, parLaurie Laufer, professeure de psychologie à l’université Paris VII, directrice du Centre de Recherche Psychanalyse Médecine et Société
Moins connu que Proust, mais non moins mondain et son contemporain, l’écrivain Jean Lorrain a connu toutes les sociétés de la Belle-Époque, et en a décrit les arrière-cours et les bas-fonds. Corseté, fardé, drogué, déguisé et/ou travesti, il fait de sa vie comme de son apparence une œuvre d’art et une provocation, celle d’un « dandy de la fange », aussi à l’aise dans les salons du Tout-Paris qu’avec les marlous des mauvais quartiers. Avec cet auteur fétiche de Mossa, cette conférence mettra bas les masques de l’époque.

 17h-18h : Signatures par Laurie Laufer et Sandra Boehringer de leurs ouvrages Après les aveux de la chair, généalogie du sujet chez Michel Foucault (Epel éditions, 2020) et Murmures de l’art à la psychanalyse (Hermann, 2021)et par Pierre Bayard de son ouvrage Œdipe n’est pas coupable (Editions de Minuit, 2021). Avec le soutien de la librairie Masséna de Nice. 

Modération des conférences

Nicolas Danziger est neurologue et psychanalyste, chercheur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.
Pierre Marie est psychiatre, philosophe et historien des idées, enseignant à l’École normale supérieure, à Paris.
Sandra Boehringer est maîtresse de conférences en histoire grecque à la faculté des Sciences historiques de l’Université de Strasbourg.

Le débat sera animé par les modérateurs pour mettre en relief les spécificités du décadentisme, ce mouvement sans chef de file, sans mot d’ordre, sans programme, qui surgit dans le monde occidental au moment où celui-ci est soumis violemment à la liturgie du rationalisme, du progrès scientifique et technique, comme à la montée des nationalismes. Son occultation mystérieuse après 1920, apparaît comme une sorte de refoulement de cette vérité qu’il était venu nous dire sur notre monde intérieur. Un refoulement auquel on devine que le mouvement surréaliste, avec chef de file, avec mot d’ordre et avec programme, a pu, paradoxalement, contribuer.  
Car que nous montre le décadentisme et notamment l’œuvre de Mossa ? Que nous sommes enchevêtrés au corps de l’Autre archaïque, au corps de la Mère, dont nous tentons en vain de nous arracher ; que nous sommes, qu’on le veuille ou non et tout refus est là déni, androgyne ou gynandre, tantôt homme et tantôt femme selon les circonstances. Avec ceci que cela nous ouvre à une sensualité multiple et polyphonique qu’illustre celle du fameux Jean des Esseintes (Huysmans, À rebours, 1884).
S’attacher à redécouvrir la vérité du décadentisme revient à provoquer un nouveau regard sur la découverte freudienne qui fait signe vers ce qui nous constitue dès l’origine et que nous nous obstinons à méconnaître. 

Centre Universitaire Méditerranéen
65 Promenade des Anglais – Nice
04 97 13 46 10 / www.cum-nice.org

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles


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