FABRON

C’était le quartier des châteaux, des concerts, des rencontres artistiques.


La société des hivernants vivait sur la colline de Fabron, le bleu ardent des hivers niçois. Alentour s’étendait la campagne parsemée de cultures florales.
On était à Nice sans y être vraiment. Dans les années 60, le quartier fut urbanisé, des immeubles poussèrent à la place des fleurs sauvages.
Nice partait à la conquête de l’ouest.
Fabron fut le premier jalon à céder, à perdre son visage ancestral. À Fabron, les bulldozers sont passés.
C’est l’histoire de ces châteaux qui constitua la chair de cette colline.

LE PALAIS DE MARBRE

En 1840, un banquier niçois, Honoré Gastaud achète un immense terrain coulant d’un seul jet de verdure jusqu’à la mer.
Sur cette magnifique propriété, il fait construire une superbe demeure pour lui-même et, plusieurs autres, pour les louer.
En 1860, le banquier reçut la visite de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, le second Empire était à son apogée et Nice venait d’entrer dans son giron.
Dix ans plus tard, Gastaud est ruiné, il vend à Ernest Gambart.
De la villa Gastaud, Ernest Gambart fit un palais et même un Palais de Marbre et en confia les plans à S.M Biasini, l’architecte de référence. Statues, colonnes, balustres furent réalisées en marbre de Carrare.
Il fallut 27 bateaux pour transporter les pièces taillées, jusqu’à Nice.
Gambart était un mécène et jusqu’à la fin de sa vie il continua d’accumuler œuvres d’art et meubles précieux, si bien qu’à sa mort en 1902, il ne fallut pas moins de soixante-dix pages pour établir le catalogue de la vente aux enchères.

Après de multiples changements de propriétaires, la Ville l’acheta pour en faire les Archives Municipales.
La propriété Gambart était immense, non seulement on y édifia le Palais de Marbre mais encore deux autres châteaux : le château de Barla et celui de Fabron.
Dans les années cinquante, la municipalité voulut acheter le domaine dans le but d’y créer une université.
Malheureusement un embrouillamini retarda l’opération.
Quand enfin la municipalité devint propriétaire, le projet d’université était abandonné.
On démolit le château et on conserva le parc en lui donnant le nom de Carol de Roumanie.

LE CHATEAU SAINT-HÉLÈNE

Evoquer les châteaux de Fabron ressemble fort à un requiem.
Ces châteaux de belles pierres furent abattus comme châteaux de cartes.
Subsistent quelques vestiges qui font par leur charme, regretter ces démolitions sauvages.
Tout proche du parc Carol de Roumanie, le château Sainte-Hélène fut la propriété du roi des jeux, le créateur de Monte-Carlo, François Blanc.
Après la seconde guerre mondiale, la Riviera, son luxe, ses folies, sa frivolité ne correspondaient plus à l’air du temps.
Les châteaux, les villas s’étiolaient, plus personne ne venait y ouvrir le bal.
A l’abandon, le château Sainte-Hélène fut acheté (lui aussi) par la Ville et transformé des années plus tard en Musée d’Arts Naïfs.Fabron qui avait abrité les nuits feutrées de l’aristocratie, connut après la guerre, les nuits folles de la « Pignata » où officiait Roger Notari.
Le tout Nice y grimpait faire la fête. Mais c’est une autre histoire …

Aujourd’hui Fabron est devenu sage, calme, tranquille, un quartier résidentiel qui conserve son âme paysanne et, certains soirs d’été, on peut même y deviner des exhalaisons odorantes venues des collines environnantes.
Alors, dans la nuit, on croit entendre de la musique, comme s’il y avait encore bal au Palais de Marbre, chez Monsieur Gambart.

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…

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