HOMMAGE À JOHN DOUGLAS

HOMMAGE À JOHN DOUGLAS

16 juin 2022 Non Par Nice City Mag

Exposition jusqu’au 30 juillet 2022 à la Galerie Depardieu

John Douglas nous a quitté en février dernier.
Nous l’avons exposé dans la galerie en 2007, 2009, 2012 et en 2014.

« John Douglas était avant tout un metteur en scène de talent. Il a co réalisé avec son ami Robert Kramer plusieurs films importants dont People’war au Nord Viet-Nam et Milestone, film culte sur la contre culture américaine, projeté à Cannes après la mort de Robert Kramer.
John Douglas y avait été invité. Nous avons aussi projeté ce film à la galerie.
« 

Dans ses expositions Homeland Security et Dead and Wounded il se photographie, se clone, se multiplie, se met en scène nu et en grand format, en noir et blanc comme en couleur.
Unique sujet de ces séries d’images, il nous délivre avec efficacité, profondeur et un humour sardonique, son message : non à la guerre ! non à la violence !
Prenant son fusil, il défend tour à tour les clichés de la société américaine : le gazon, un massif de fleurs, un champ de maïs, un magnifique chêne, l’Amérique par le nord, une caravane où sont obligés de vivre beaucoup d’américains pauvres, etc..

Dans un clin d’œil à la guerre de sécession, il incarne à lui tout seul une armée de retour du combat. Son soldat est à l’opposé du robot militaire qui nous est servie sur nos écrans de télévision, bardé de gilet pare-balles, de casque à vision nocturne et autres gadgets. Son soldat à lui est nu, humain, vulnérable, portant une arme dérisoire. Sans uniforme, on ne sait d’ailleurs plus reconnaître qui est l’ami ou l’ennemi.

John Douglas a aimé son pays. Il lutte contre la dérive du Patriot Act loi prise après le 01/09/2001 qui restreint les libertés individuelles, fondements de la démocratie américaine. Il dénonce la fascination pour les armes et la facilité pour s’en procurer, sujets plus que jamais actuels.

La seule photo où il apparaît habillé n’en est pas moins inquiétante avec une casquette Blackwater, du nom de cette société de mercenaires présents en grand nombre à côté de l’armée US, impliquée en toute impunité dans nombre d’actions hautement répréhensibles.

L’un des clichés les plus saisissants est celui de l’homme redevenu préhistorique dans sa caverne obscure (quelque peu platonicienne) éclairé par la seule lumière cathodique d’un écran de télévision sur lequel il voit (peut-être) l’image du cercueil couvert du drapeau d’un soldat mort en Irak, que John Douglas veille avec respect, nu, l’arme en bandoulière.

Loin d’être morbides, ces expositions nous ont rappelé, en creux, tout ce que nous aimons en Amérique : La liberté, la démocratie, le respect des valeurs qui ont jadis sauvé l’Europe, les grands espaces, la nature, bref tout le contraire du désastre des expéditions militaires d’Irak et d’ailleurs et bien sûr de la période trumpiste.

Dans son exposition ROX, clarté et magie. Est-ce une illusion ? Ces compositions numériques sont comparables à la vision de voyageurs du désert découvrant un étang scintillant au milieu des sables. L’esprit rationnel sait bien qu’il s’agit d’un mirage. Mais cela ne rend pas l’illusion moins réelle à l’œil.
John Douglas nous rappelle que la beauté de notre planète, les éternelles possibilités d’espoir et d’évolution, coexistent avec le potentiel de destruction humaine. Il pose une intelligence planétaire au-delà de la compréhension humaine.


« Les pierres pensent-elles ? Les arbres peuvent-ils voir ? Qu’est-ce que l’eau reflète vraiment ? »
John Douglas tente de répondre avec son travail Rox (Roches en français), groupe de pierres ovales, mises en scène semblant à des œufs à couver.
Quelque chose d’inimaginable paraît sur le point de sortir des fissures de leur surface. Peut-être qu’il s’agit de la « terrible beauté » que William Butler Yeats a vu naître des cendres de rebelles irlandais dans son poème Pâques 1916. Kevin J. Kelley, Seven Days journal.

John Douglas a toujours lutté pour qu’à travers son art, le monde dans lequel nous vivons nous apparaisse plus clair. Il expose les contradictions sociales et économiques afin de nous inciter au changement.
Même si la plupart des images représentent des paysages réels ou fictifs, il tente de saisir l’urgence ou l’importance de la vie dans ce monde, de la même manière que lorsqu’il réalisait des documentaires sur la révolution ou sur diverses luttes.

« La possibilité réelle de notre monde au changement, semble exiger une réévaluation sérieuse de notre approche de la vie elle-même. Cette série de travaux, ROX, représente une nouvelle connexion, une autre façon d’envisager ce qui est possible. Jusqu’à ce que nous puissions effectuer ce réel saut de la pensée collective, les chances de survie de l’espèce humaine restent bien minces »
John Douglas, octobre 2014


Galerie Depardieu – 6 rue du docteur Guidoni – 06000 Nice
Tél. 0 966 890 274 – http://www.galerie-depardieu.comgalerie.depardieu@orange.fr