DUBOUCHAGE – PASTORELLI

On y trouve la bibliothèque municipale : une ancienne villa, où des générations d’élèves, d’étudiants sont venus user leur fond de culotte sur les bancs de la salle de lecture.
Cette douceur, cette sagesse même, on la retrouvait à l’Artistique, dont les salons ont vu défiler les plus grands noms de la littérature, de la musique, du théâtre : Colette et Jules Romain, Paul Claudel et Darius Milhaud, Sacha Guitry et Tristan Bernard.

Mais le quartier, c’est aussi un hôpital, des artisans, des commerçants.

L’HOPITAL DE NICE

Nice devenue française, la ville changea de visage.
À cette Nice nouvelle, il fallait des infrastructures, notamment un hôpital.
Ce n’est qu’en 1858, deux ans avant le rattachement de Nice à la France, que les travaux commencèrent sur une propriété appartenant à la famille Defly.
Un bel ensemble avec son fronton à l’italienne, sa cour intérieure entourée d’une galerie couverte, son pavillon de structure métallique.
Des vastes chambrés où se profilaient les cornettes de bonnes sœurs, ce monde clos où vieillards et filles de la rue, un univers qui aujourd’hui semble appartenir au moyen-âge…

L’ELDORADO : « UN IMMENSE VAISSEAU »

Une grande scène, un parterre circulaire, un promenoir comme aux Folies Bergères, le tout surmonté d’une galerie.
L’Eldorado, tel était son nom, mêlait chaque soir plus de 2000 personnes, hivernants et classes populaires bien décidées à rire à gorge déployée.
En effet, si l’Opéra était réservé au bel canto, le Casino de la Jetée à la musique et aux comédies légères, l’Eldorado se vouait au rire avec comique troupier de rigueur.
Avec l’ami Bidasse, il y avait aussi Mayol et Jules Mauraire, dit Raimu.
La vie est belle.
Nous sommes en 1911, l’Eldorado se transforme, on construit un balcon à la hauteur des deuxièmes galeries.
Et puis c’est la guerre.
Les hivernants ne sont plus là, les salles de spectacle ne font plus le plein.
L’Eldorado flambe dans la nuit du 5 au 6 Mars 1936.
Les flammes sont si intenses qu’on peut les voir de la Grande Corniche.
Le bar, les salles de jeu (l’Eldorado était aussi un casino) subsistent, tout le reste est carbonisé.  

LA VILLA RAMBOURG DEVIENT BIBLIOTHEQUE

Après la guerre 14-18, le quartier abritait encore de nombreuses demeures entourées de somptueux jardins telle que cette villa Rambourg avec un jardin inondé de soleil à toute heure du jour : c’est là que s’installa en 1925, la bibliothèque Dubouchage.
Cette vocation l’a sauvée de la pioche des démolisseurs.

Ce ne fut pas le cas de la villa Georges, située plus bas sur le boulevard Dubouchage.

LA VILLA GEORGES,
UNE PETITE RUSSIE EN TERRE ETRANGERE

Dans cette villa vécut jusqu’à sa mort en 1922, la princesse Youriewsky, veuve de l’empereur de toutes les Russies, le tzar Alexandre II.
Veuve du tzar, mais non impératrice, la jeune et belle Catherine Dolgorouky, quand elle rencontra le tzar, avait 32 ans de moins que lui.
Elle tomba amoureuse, lui aussi.
Trois enfants vont naître de cette union hors la loi.
Lorsque l’impératrice Marie Alexandranovna meurt, l’empereur régularise la situation et fait de Catherine son épouse morganatique et lui accorde le titre de princesse Youriewsky.



Le bonheur sera de courte durée.

Alexandre II est assassiné en mars 1881.
A peine mariée, Catherine se trouve veuve dans un milieu qui lui est hostile, le nouveau souverain Alexandre III, ne la porte pas dans son cœur.
Catherine prend le chemin de l’exil, Nice où elle achète la villa Sainte-Anne, boulevard Dubouchage qu’elle transformera en villa Georges.
La villa Georges devient une petite Russie en terre étrangère.
Catherine s’éteignit à soixante-treize ans en 1922.

Catherine repose au cimetière russe de Caucade.
De la villa, il ne reste rien.De ce qui donna sa spécificité au quartier durant des décennies, il ne reste rien.
A l’image de l’Eldorado, le cinéma Excelsior avec sa belle salle festonnée et ornementée a lui aussi disparu.
Il reste le plaisir de longer le boulevard Dubouchage, de traverser le square Durandy et d’aller flâner rue Pastorelli.

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard – Nice Quartier, Editions Mercure…

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