CATHERINE SEGURANE



Et Nice est au centre du conflit.
D’une part, parce qu’elle fait partie (depuis 1388) des Etats de Savoie, et la Maison de Savoie est l’alliée de l’empereur Charles Quint.
D’autre part, parce qu’elle est sur la route du littoral qui conduit vers l’Italie.
Le pape Paul III avait bien tenté de mettre fin au conflit, en proposant une trêve de dix ans aux belligérants, qui fut signée en 1538 à Nice.
Mais François 1er rompit cette trêve au bout de cinq ans et décida de s’emparer de la ville, en s’alliant aux turcs de Soliman le Magnifique.

Nous sommes au milieu du XVI° siècle, en 1543, à Nice.
Le roi de France, François 1er, s’oppose à Charles Quint, l’empereur du Saint Empire romain germanique, le monarque le plus puissant de son époque. C’est la guerre.

Depuis le mercredi 7 août 1543, les troupes franco-turques de François Ier assiégeaient Nice, dont la garnison ne comprend que 3 000 savoyards et piémontais, face à plus de 5 000 hommes de l’armée de terre française et plus de 300 navires turcs sur mer…

Comment résister ?
Pendant plus d’une semaine, des combats sans merci, une ville en feu, pilonnée par des centaines d’obus, des centaines de blessés et de morts.
Les avant-postes de la ville sont massacrés.
Mais Nice refuse de se rendre, son honneur est en jeu.

Et puis, en cette matinée du jeudi 15 août, le commandant turc Barberousse décide l’assaut final.

L’historien niçois Louis Caffatti raconte : 
« Dès l’aube, cent vingt galères sortaient de la rade de Villefranche et, contournant ʺen ordonnance la pointe du Mont Boron, venaient se ranger en ligne de combat, le long du rivage, devant la Cité, alors que, dans le même temps, se groupaient sous ses murs des colonnes de Turcs, de Français et d’ultramontains (transalpins, italiens). Des batteries disposées sur les flancs du Mont Alban, de Saint-Albert et de Cimiez, se révélaient en tonnant ».

Un déluge de feu s’abat sur Nice.
En quelques heures, la ville reçoit plus de mille projectiles.
Le plus gros des troupes franco-turques est concentré vers la Porte Pairolière, ʺPaïroulieraʺ, au sud-ouest de l’actuelle place Garibaldi.
Les assaillants se précipitent sur la Tour Sincaire, Tour  ʺCinq Caïreʺ à cinq côtés, au pied du Château.

Epuisés de fatigue, les défenseurs reculent en implorant la Vierge Marie.
De nouvelles brèches s’ouvrent, les niçois n’offrent plus de résistance, les Turcs continent d’avancer et l’un d’entre eux plante l’étendard rouge frappé du Croissant d’Or sur le sommet de la Tour.
C’en est fait…

Alors, à la tête d’une petite troupe déterminée, venue d’on ne sait où, fichu rouge fripé et croix sur la poitrine, une bugadière surgit en haut des remparts. C’est Catherine Ségurane.

D’un revers de son battoir, elle frappe à la tête le porte-enseigne turc, s’empare de son étendard, le déchire et lance son cri de guerre « Victoire ! Victoire ! ».

Galvanisée, la petite troupe repousse les assaillants et les niçois reprennent espoir.
Ils se ruent sur les Turcs, même les blessés se relèvent et reprennent le combat. 
Comme une furie, de ses mains ensanglantées, Catherine continue d’assommer les Turcs, à coups de battoir.
La peur change de camp. « C’est une sorcière ! », s’écrit l’un d’entre eux. « C’est une sorcière ! », reprennent les autres assiégeants en écho.

Tétanisés, les Turcs abandonnent la place, l’espoir lui aussi change de camp et notre héroïne, tournant le dos aux turcs, troussa hardiment son jupon pour exhiber la partie la plus charnue de son anatomie !

Malgré cette victoire, Nice ne sera totalement libérée que le 10 septembre.

Mais une femme s’est dressée. Une niçoise.
Catherine Ségurane.

Elle a rallié le peuple de Nice, redonné courage aux uns, confiance aux autres.
Elle a sauvé Nice, et la Maison de Savoie.
Le roi de France est vaincu par une bugadière.

Mais cette bugadière, Ségurane, qui appartenait à la paroisse de l’église Saint-Martin, incarne l’esprit d’indépendance niçois, par son opposition à la barbarie qui veut asservir.
Elle est devenue le symbole de Nice, des Niçois.
Peuple libre, libéré, qui choisit seul son propre destin.

Pas étonnant qu’une statue fut érigée à sa mémoire sur le lieu de ses exploits, statue qui disparut lorsqu’on entreprit les travaux de construction de la place Garibaldi en 1773.

Pas étonnant non plus qu’une rue adjacente porte aujourd’hui son nom.

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine – Sus lu barri, Roger Isnard…

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