CARNAVAL DE NICE, EN FLEURS ET CONFETTIS

CARNAVAL DE NICE, EN FLEURS ET CONFETTIS

7 février 2022 Non Par Nice City Mag

FLEURS…

Haricots, graines, œufs, farine, dragées, bonbons, plâtre, cendres …
Le lancer de projectiles, de nature et de taille diverses et au goût plus ou moins délicat, est de toutes les traditions carnavalesques. Mais à Nice, les projectiles sont colorés, légers comme des ailes de papillon et embaumes le retour du printemps…

En 1830, alors que les souverains du royaume de Sardaigne, dont dépend le comté de Nice, sont de passage dans la ville, les notables, soucieux de manifester leur attachement à la monarchie sarde, décident d’organiser en leur honneur un somptueux défilé. De leurs voitures magnifiquement décorées, ils lancent des pétales de fleurs, des dragées et des cigares sur la foule venue assister au triomphe.

En 1874, à la suite d’une controverse sur l’attribution des récompenses pour les plus beaux chars du carnaval, Andriot Saëtone, secrétaire général du Comité des Fêtes, est chargé de le ré-organiser et de lui donner une nouvelle ampleur.
Aidé du journaliste et romancier, Alphonse Karr, installé à Nice depuis plusieurs années, il se souvient alors de ces défilés de 1830.

L’homme de lettres est un amoureux des fleurs.
Après son arrivée à Nice, le poète a d’ailleurs rapidement ouvert une boutique de fleuriste.
L’élan est donné et Saëtone décide de séparer les parades de chars des batailles de fleurs.
Loin de lui l’idée de reproduire l’opposition qui existait au XVIIIe siècle entre bals des aristocrates et bals des populaires.
L’enjeu est tout autre : moderniser le carnaval et faire des batailles de fleurs une fête typiquement niçoise.

En 1876, le carnaval donne lieu à deux évènements :
Au défilé carnavalesque d’inspiration populaire avec bataille de confettis sur le cours Saleya et la rue François Paule, répond un défilé de voitures fleuries sur la Promenade des Anglais.

C’est là que se déroule la première vraie bataille de fleurs !    

ET CONFETTIS

La célèbre bataille de fleurs, en vigueur à Nice depuis 1876, est une douce exception dans le monde tourmenté des carnavals.
La plupart du temps, les projectiles échangés à cette occasion, cendre, farine ou boue, sont bien plus salissants. Certains peuvent même causer quelques bleus et quelques bosses.
Y compris à Nice …
Tout comme la course poursuite, l’aspersion est devenue un rite obligatoire au moment du carnaval.
Dans certaines régions, on utilise pour cela d’étranges mixtures de composition inconnue.
Ailleurs, on préfère jeter du riz, des fèves ou de la paille.

À Nice, jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce sont des œufs, frais ou pourris, qui gagnent les faveurs de la population.
Les œufs et… les confettis en plâtres !

Ce qui explique pourquoi, quelques jours avant la fête, les boutiques de la ville vendent également des masques en tressage de fer peints.
Cette protection évite les projectiles douloureux, même si elle n’empêche pas les odeurs désagréables pour autant…

C’est Monsieur Lué, régisseur du Casino de Paris qui, en 1891, rapporte de Venise l’usage du confetti, qui signifie dragée en italien.
Il a tout de même la bonne idée de remplacer le plâtre par du papier.
En prévision de la fête, il fait donc venir de l’usine de Modane, en Savoie, les résidus de papier troué, employés pour l’élevage des vers à soie.
Peu à peu le confetti en papier emporte l’adhésion de tous et fait oublier les désagréments des œufs.
Mais, la même année, arrive une nouveauté concurrente, venue tout droit des bureaux de poste : le serpentin.
À cette époque, les lettres traditionnelles sont en effet supplantées par le télégramme, beaucoup plus rapide, et par le télégraphe, qui use des dizaines de mètres de papier, avec les fameuses bandes Morse.

Ces dernières sont réutilisables et pour la première fois, un employé du bureau de poste 47 de Paris les utilisera lors du carnaval…

** Extraits – D’après « la folie carnaval » de Sarah Belabes – Timée-Editions –