BORRIGLIONE

L’avenue Borriglione pourrait être une artère de passage.
La vérité est tout autre, Jeanne-d’Arc – Borriglione se présente comme un quartier bourgeois et populaire, les commerces d’autrefois sont toujours là.

A Borriglione on vit, on travaille depuis un peu plus de cent ans.

Mgr. Chapon, évêque de Nice, décide en 1913 l’édification d’une église dans le quartier de Fuon-Cauda, ancienne appellation qui venait de la présence d’une source d’eau chaude bien connue des bugadières. La future église devait être dédiée à Saint Lambert.
Le terrain choisi pour la réalisation de l’église se trouve à l’angle de l’avenue Saint-Lambert et d’une traverse qui plus tard s’appellera Charles Péguy.
On commence donc par construire la crypte.
A Noël 1914, l’abbé Quillery y célèbre sa première messe.
Mais la guerre éclate, les habitants du quartier devront se contenter de la crypte pendant des années.

Entre temps, l’avenue Borriglione était devenue une artère commerçante qui constituait, avec l’avenue Malausséna et l’avenue de la Gare (Jean Médecin) la colonne vertébrale de la ville nouvelle.

ALFRED BORRIGLIONE, MAIRE DE NICE

Borriglione, un maire de Nice, dont il n’est pas inutile de rappeler ce que fut la vie.

La carrière publique d’Alfred Borriglione, jeune avocat de talent, excellent orateur commençant un jour de février 1871.

A Nice, le sentiment français vacille tandis que les idées du mouvement séparatiste progressent. Des élections ont lieu le 8 février 1871, les candidats séparatistes, dont le porte-parole est le journal « Il Diritto di Nizza », semblent arriver en tête.
Le préfet décide de suspendre la publication et de perquisitionner les locaux.
Plusieurs arrestations ont lieu, Alfred Borriglione est sur la liste, il se sauve, prend place sur un bateau qui fait route vers Gênes.
L’exil ne dura pas longtemps. De retour à Nice, Borriglione fait partie de la municipalité Auguste Raynaud en tant qu’adjoint.
Après quelques tâtonnements il se décide pour la France et le régime républicain.
En 1876, il se pose en chef du parti Républicain à Nice.
En 1878n il se présente contre Auguste Raynaud.

La liste Borriglione passe toute entière.




Il y a un fait que Borriglione, descendant d’une ancienne famille du comté, a compris, c’est que les élections à Nice se gagnent ou se perdent dans la vieille ville.
Dès le premier jour de son installation au fauteuil de maire de la cité, il déclare : « Depuis quinze à vingt ans, nos prédécesseurs ont beaucoup fait pour le développement de notre ville, mais il reste beaucoup à faire. On a entrepris sur la rive droite du Paillon des travaux considérables ; une nouvelle ville a, pour ainsi dire, surgi de ce côté, mais ne pensez-vous pas qu’il soit temps de songer à notre vieille ville, à ces quartiers qui ont tant besoin d’air et de lumière, qui abritent la classe la plus nombreuse et la plus intéressante ? ».
Borriglione tint parole, furent décidés l’aménagement d’une place devant l’église du port, le prolongement de la rue Ségurane, le nivellement du boulevard du Pont Neuf, la création de la place Rossetti, la démolition des îlots insalubres rue du Collet et rue Pairolière.
Aussi en 1881, Borriglione est réélu triomphalement.

« Viva mousu Bourrioun … ! Viva lou Babazouk … ! Viva lou riz … ! »

« Lou riz » est devenu le cri de ralliement des électeurs de Borriglione.

Pour contrebalancer le riz les adversaires du maire choisirent l’appellation symbolique du poivre « lou pebre ».
Le conflit du riz et du poivre fit rage des années durant.
A partir de 1881, le maire décida de porter son attention sur les quartiers neufs. Il conçut un programme de vastes travaux qu’il s’acharna à réaliser : suppression des égouts qui se déversaient dans le Paillon, création du boulevard Gambetta, du quartier du Piol, de Righi, de Riquier, prolongation de la promenade des Anglais, réalisation du boulevard de Cimiez, création du casino municipal, l’exposition internationale de 1884, sur la colline du Piol.

Nice pénétrait enfin dans la modernité.
En 1884, commence une campagne très dure menée par « l’Eclaireur de Nice » (le quotidien de l’avenue de la gare) organe de la bourgeoisie conservatrice. A l’Eclaireur s’opposait le « Petit Niçois » fondé en 1883, le journal de Borriglione. La lutte fut homérique.
En avril 1886, une élection entraîne sa démission.

Alfred Borriglione ne disparut pas complètement de la vie publique et politique, du département, il demeura député jusqu’en 1894, année où il se fit élire sénateur. Il achèvera sa vie en 1902, dans sa très belle propriété de Sospel, ville où il était né.

En 1924, l’abbé Giaume, qui avait succédé à l’abbé Quillery, se dit qu’il allait bien falloir achever l’église.

Jacques Droz, l’architecte, se met au travail, réalisant une maquette exceptionnelle : trois coupoles principales qui s’interpénètrent et reposent sur quatre piliers.

Le plus extraordinaire, le matériau choisi, le béton armé.

D’avant-garde, on retrouvait l’élan vers le haut propre aux cathédrales gothiques. Le bulletin paroissial de 1933, ne se trompait pas en écrivant à propos du clocher : « Il est debout, lancé vers le ciel comme l’épée de Jeanne d’Arc (…) le coq en bronze qui le surplombe est majestueux et jette ses cocoricos, fier et indépendant, à tous les clochers de la ville qu’il domine ».

L’église est inaugurée en 1933, on a changé le nom de Saint-Lambert, l’église est devenue Jeanne-d’Arc.
L’église n’a pas toujours possédé l’enduit blanc que nous lui connaissons, ce dernier ne date que du début des années 70. 

Sources notoires pour l’écriture de cet article : Centre du Patrimoine , Sus lu barri, Roger Isnard, Nice Quartier, Editions Mercure…


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