« Laxmi. Le 3e genre en Inde » vu par Anita Khemka 

« Laxmi. Le 3e genre en Inde » vu par Anita Khemka 

21 février 2022 Non Par Nice City Mag

du 23 fevrier au 30 mai 2022, au MUSÉE DES ARTS ASIATIQUES – NICE, ARÉNAS

L’histoire commence en 2003 par une rencontre, celle de Laxmi et de la photographe indienne Anita Khemka.
Peu de temps après, l’artiste participe avec le cinéaste allemand Thomas Wartmann à la réalisation du documentaire Des saris et des hommes.
Consacré au troisième genre en Inde, le film dévoile les coulisses d’une communauté transgenre millénaire structurée par les mythes et les rituels : les hijras.
Parmi les protagonistes figure Laxmi. Naît alors une longue relation qui donna lieu à une série photographique, toujours en cours.

Ni hommes, ni femmes, les hijras représentent le « troisième sexe » en Inde. Malgré certaines similitudes avec la notion occidentale de transgenre, les hijras forment une communauté ancienne unique et particulièrement hiérarchisée, constituée de maîtres (guru) et de disciples (chela). Elles sont nées garçons ou intersexes, ne se perçoivent pas comme des hommes, s’habillent en femmes et peuvent parfois être émasculées. Autrefois employées par les maharadjas pour garder les harems, elles vivent aujourd’hui en marge de la société suscitant crainte et fascination et, malgré la reconnaissance de l’existence d’un troisième genre par la Cour suprême indienne en 2014, sont le plus souvent contraintes à la mendicité et à la prostitution.

Très structurée, la vie des hijras est jalonnée par les rites. Le premier d’entre eux est appelé rit et marque leur entrée dans la communauté. Elles sont alors accueillies par un maître (guru) et introduites dans une maison commune. Le nirvana, ou cérémonie de castration, représente une étape importante dans la spiritualité hijra. Celui-ci n’est pas obligatoire et correspond à un rite de passage durant lequel l’hijra alors émasculée se voit dotée de pouvoirs sacrés, transmis par la déesse hindoue Bahuchara Mata. Grâce à ces pouvoirs de fertilité, les hijras sont conviées à bénir mariages et naissances, pour lesquels elles exigent une somme substantielle, que les familles versent soit par vénération soit par peur du mauvais sort qu’elles pourraient leur jeter.

LAXMI, l’ascension d’une Hijra

Premier fils d’une famille brahmane hindoue, Laxmi Narayan Tripathi ne se sentait ni homme ni femme. Cette ambiguïté sexuelle lui a valu le rejet de la société. Laxmi a alors rejoint la communauté hijra à laquelle elle pouvait s’identifier et qui lui offrait un soutien. Défiant les normes de cette communauté, elle vit aujourd’hui entourée de sa famille, joue dans des films et a été ordonnée à la tête du Kinnar Akhada, une congrégation religieuse hindoue transgenre. Devenue une figure de proue de la lutte pour les droits des personnes transgenres, elle parcourt le monde, invitée à des conférences et à des festivals, et œuvre, à ce titre, pour les Nations Unies.


Anita Khemka

Née en 1972, Anita Khemka suit des études en littérature anglaise avant de devenir photographe en 1996.
Son travail s’appuie essentiellement sur une approche documentaire de la société indienne et s’intéresse en particulier aux communautés socialement marginalisées.
Elle vit aujourd’hui à New Delhi et expose à travers le monde.
Dès 2003, Anita Khemka explore la thématique de la minorité de genre avec sa série Laxmi.
Cette plongée dans la communauté hijra met en lumière la figure singulière de Laxmi.
Dix-huit ans après, animée par le fort lien d’amitié qui s’est créé entre elles, Anita Khemka continue d’enrichir cette série de nouvelles photographies.
Ce sont des extraits de ce parcours de vie que l’artiste propose aujourd’hui au musée départemental des arts asiatiques, accompagnés de son témoignage.

En 2005, après dix années à photographier les autres, Anita Khemka décide de se mettre en scène et devient son propre sujet dans la série Autoportraits.
Elle se photographie dans les lieux publics, les gares, les trains au cours des nombreux voyages qu’elle effectue.
Ce besoin naît dans une période durant laquelle l’artiste fait face à une crise émotionnelle personnelle, cherchant à capturer la mélancolie qui la traverse.
Outre ses travaux personnels, elle réalise des reportages photographiques pour des magazines ou des associations.
En 2007, une commande de l’UNICEF l’amène à voyager en Inde mais également en Afghanistan, au Népal et au Pakistan afin de documenter un programme d’aide internationale visant à améliorer la santé maternelle.
Parmi ses derniers projets, elle entreprend, en 2016, avec son compagnon Imran Kokiloo, un travail sur l’identité cachemirie dans une région en conflit, au cœur d’enjeux géopolitiques et économiques entre l’Inde et le Pakistan

MUSÉE DES ARTS ASIATIQUES
405 Prom. des Anglais, 06200 Nice
Tel: 04 89 04 55 20
https://maa.departement06.fr

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles